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28 mars 2026

Chercher la petite bête à Saint-Cézaire (Inter-clubs : stage biospéléologie du CDS06 des 28 et 29 mars 2026)

Participants : Josiane et Bernard Lips, Kty, Éric, Pierre, Sophie, Vincent, Denis, Serge, Adeline, Séréna, Brigitte, Catherine, Marcel, Jean-Luc, Apolline, Clarisse, Alessandro, Alessio, Fabien

TPST : 3h

Au GSV, on apprécie les sciences, et on est toujours curieux, c’est pourquoi Dada, informé de mon goût pour la biospéologie, a organisé une sortie aux Caranques, où il voudrait pouvoir me montrer quelques bestioles, dont il espère que je saurai lui dire le nom, et qu’il a prévue… le dimanche du stage.

Pas grave, on a également le sens pratique, et on sait s’organiser : les tâches sont rapidement réparties, j’irai au stage, pendant que les copains iront aux Caranques sans moi, non sans m’avoir promis auparavant de boire un coup à ma santé. C’est donc un peu avant 9h que j’arrive sur le parking de la Grotte de Saint-Cézaire, où j’aperçois déjà pas mal de monde. Le stage est organisé par le CDS06 et sa commission scientifique, avec comme organisateurs Éric, des SophiTaupes et Président de la CoSci, et Kty, du Groupe Spéléo Magnan, de la CoSci et du GCP Chiroptères, tous deux également membres du Groupe d’Études de Biospéléologie, avec comme animateurs Josiane et Bernard Lips, du GEB, experts reconnus dans leur domaine. En plus de ces deux clubs, étaient également représentés le Garagahl, ainsi que le GSV (par votre serviteur). De nombreux invités avaient fait le déplacement, d’Italie, du 13, du 09, et même de l’étranger, puisque nous avons eu le plaisir d’accueillir plusieurs de nos amis varois… Nous étions en tout une vingtaine de participants, intervenants et stagiaires, quand on nous a informés que les Lips, partis en avance pour préparer le stage, n’étaient toujours pas arrivés… Ils n’ont heureusement pas mis longtemps et, les présentations faites, Josiane a pu nous briefer sur les techniques d’inventaire. Chacun sera doté d’un appareil photo et de matériel de collecte, afin de… et bien de photographier et de collecter les animaux que nous croiserons. Ouais, ça semble logique, en fait.

La Grotte Dozol, ou Grotte de Saint-Cézaire (11-H) est une grotte touristique aménagée ouverte depuis un peu plus d’un siècle, qui présente la particularité d’avoir son entrée artificielle à l’intérieur du bâtiment, et aucun accès naturel vers l’extérieur : ainsi privée des apports en matière organique venus de l’extérieur, et des chauves-souris, en plus d’avoir été fortement aménagée, elle est du coup réputée totalement stérile, n’abritant aucune sorte d’organismes, et plusieurs biospéléologues en sont déjà revenus bredouilles… Cela a intrigué Pierre, le nouveau guide de l’établissement : passionné de spéléologie, ce garçon a quitté il y a un peu plus d’un an sa région natale, très belle mais à peu près dépourvue de trous exploitables, et s’est installé chez nous dans l’espoir d’avoir l’occasion d’y explorer de belles cavités… Il a rapidement trouvé employeur à la Grotte, ce qui l’a malheureusement tellement occupé jusqu’ici qu’il n’a pas eu l’occasion d’en visiter beaucoup…


L’entrée de la grotte… (c’est facile, c’est écrit dessus…)


Intrigué, il a donc proposé d’accueillir le stage de cette année dans son établissement afin de vérifier cette prétendue absence de vie. Après avoir constitué des équipes de deux, il est un peu moins de 10h quand nous franchissons la porte et descendons les escaliers menant à la cavité, où l’on pense rester environ trois heures…


La salle, aux concrétions magnifiques, éclairée pour accueillir le public…


Des cristaux de calcite en « oursins »…


Je fais pour ma part équipe avec Vincent, du GSM. Les chemins bien dégagés et cimentés accessibles aux visiteurs permettent de contempler de splendides concrétions, mais on comprend assez vite qu’il va nous falloir regarder ailleurs que sur les sentiers ultra fréquentés pour espérer voir de la vie. Avec mon acolyte, nous nous engageons donc dans la première bifurcation à notre droite, un petit boyau en cul-de-sac non aménagé en contrebas de la deuxième volée de marches. Les filles sont plus malignes et ont repéré quant à elles sur la topo une petite galerie descendant à -9m sur la gauche encore plus près de l’entrée, d’accès plus étroit qu’elles décident d’explorer, et l’avenir montrera qu’elles ont eu raison… Tandis que l’essentiel du groupe s’enfonce dans les profondeurs, Éric se charge de rééquiper le puits situé au fond, où descendront deux chanceux volontaires désignés d’office.

Dès les premiers mètres, cela me plaît : le sol est très boueux, et l’on s’y enfonce rapidement, mais les concrétions sont recouvertes de déjections de cloportes et de mille-pattes, je ne doute pas qu’on y croise donc de la vie. Une chose cependant me dérange, la présence de lampes allumées depuis le matin, pour l’accueil des visiteurs, et qui y déploient un jour constant, pas tellement compatible avec la vie souterraine telle que je la connais. Des plantes on même réussi à pousser, et un petit tapis de mousse bien verte se développe à -6m, en face d’un projecteur, là où la lumière serait normalement totalement absente. Quelques coquilles vides prises dans l’argile et de toute évidence là depuis très, très longtemps constituent nos premières prises, à peine le temps de nous interroger sur la présence d’un grand nombre d’ampoules enfoncées dans le sédiment, quand je repère enfin ce que je cherche : un minuscule cloporte dépigmenté d’un peu moins de 3 mm. Serge, en regardant mes photos, me fera plus tard remarquer à juste titre qu’on en voit de similaires un peu partout dans le plateau, et il a raison, mais lorsque je lui montre ensuite le spécimen dans son tube d’alcool, il reconnaît que les « siens » sont beaucoup plus gros : il fait en fait référence à l’espèce Alpioniscus feneriensis, bien connue, sinon de nom, du moins d’apparence, de la plupart des spéléologues du coin, et qu’on observe notamment facilement à la Bauma Fumada, à environ 21 km au NE d’ici. La mienne est beaucoup plus petite : Nesiotoniscus ribensis fait partie de la même famille, mais ne dépasse pas les 3 mm. Outre sa taille, elle s’en distingue également par les antennes, plus courtes et trapues. Ce petit cloporte entièrement blanc et dépourvu d’yeux est ce que l’on appelle une espèce troglobie, une espèce entièrement adaptée au milieu souterrain, qui y passe sa vie entière, s’y reproduit, et dont il n’existe aucun représentant à la surface. Vincent me désigne à son tour un cloporte de taille moyenne, que j’identifie comme la Philoscie des caves, Chaetophiloscia cellaria. Deux autres suivront. La Philoscie, quant à elle, est un cloporte beaucoup plus courant, que l’on rencontre également fréquemment dans les souterrains y compris artificiels, comme les caves (d’où son nom), et même à l’extérieur. Elle est un parfait exemple de faune eutroglophile, c’est-à-dire d’un animal parfaitement capable de vivre aussi bien à l’extérieur (pourvu qu’il fasse suffisamment frais et sombre, sous les pierres, par exemple) ou sous terre. Elle n’a absolument aucun besoin de sortir, certaines populations passent leur vie à l’extérieur, tandis que d’autres ne sortent jamais. Contrairement au Nesiotoniscus, elle possède des pigments colorés – même si les populations souterraines ont parfois tendance à être plus pâles. La Grotte de Saint-Cézaire est donc bien habitée, finalement !


Nesiotoniscus ribensis Vandel, 1948 (pas encore de nom commun français) : petit cloporte de moins de 3 mm, entièrement blanc et sans yeux, faisant partie de la faune troglobie de la grotte, c’est-à-dire des espèces entièrement adaptée au milieu souterrain et ne vivant que là.


Chaetophiloscia cellaria (Dollfus, 1884), la Philoscie des caves : cloporte de taille moyenne, faisant partie de la faune troglophile de la grotte, c’est-à-dire des espèces que l’on peut trouver aussi bien sous terre qu’à la surface.


Polydesmidae sp. cf. mistrei, la future mascotte de la Grotte ? Très commun, il est encore en attente pour l’instant d’une détermination précise par les spécialistes.


Je ne sais plus lequel de nous deux repère en premier ce petit mille-pattes entièrement blanc, qui arpente avec bonhommie la paroi juste derrière nous, un Polydesme, au corps aplati. Deux autres suivront, et plusieurs autres groupes en récolteront également. Relativement fréquent dans la cavité, facile à observer, et très typique, avec son corps blanc dépourvu d’yeux, il deviendra rapidement la mascotte de la Grotte, surnommé « Bobby » par le personnel. Un spot entièrement prospecté, on passe au suivant, explorant ainsi toute la cavité, laissant aux autres groupes le soin de vérifier après nous ce qui aurait pu nous échapper, et repassant nous-mêmes où les autres sont déjà passés, on s’efforce de tout couvrir. Pas de grande étendue d’eau dans la cavité, où l’on puisse espérer trouver des Niphargus, et d’autres aquatiques, mais ça et là des flaques et de petits gours où s’agitent de minuscules points blancs : pour ceux qui aiment boire aux gours, ce sont eux qui sont responsable de l’apport en protéine supplémentaire ainsi que de la sensation très désagréable en bouche. Il s’agit, pour la plupart, de collemboles, mais quelques autres minuscules animaux dépigmentés y sont observés occasionnellement : acariens, symphiles, et même un minuscule palpigrade (microscorpion, à ne pas confondre avec les pseudoscorpions !). Sophie, du fond du P52, me crie sa frustration d’avoir accepté de descendre au fond de ce cloaque où elle n’a rien trouvé à part de l’argile. Au fond de la salle principale, la longue galerie aveugle à -17 m’attire comme un aimant. Vincent, prudent, m’attend là et continue de scruter les concrétions. Éric, paraît-il, s’y est déjà aventuré et n’y a rien trouvé d’autre que de la boue. Fanfaron, je m’élance, mais ne ferai malheureusement pas mieux ; j’aurai au moins eu le plaisir d’explorer un peu, et d’étrenner ma combi avec de l’argile toute neuve. A la sortie, je pourrais facilement passer pour le petit frère d’Éric, tant nos tenues sont assorties. C’est bon pour la peau, paraît-il… La semaine a été longue, je me suis levé tôt, et je commence à éprouver un sérieux mal de tête : je me propose donc de sortir, pour prendre un cachet. Éric m’apprend que trois autres personnes en ont fait l’expérience, et que la fatigue n’a pas grand-chose à y voir, mais plus probablement le CO2, présent en quantité appréciable malgré la ventilation dans la cavité où nous stationnons déjà depuis près de trois heures. Je le remercie beaucoup et me félicite intérieurement, pensant que je vais être acclamé en héros lorsque je vais rentrer au GSV en leur apportant cette excuse si magnifique : « j’ai mal à la tête, mais c’est pas à cause du pinard, c’est le CO2 ! »


Clarisse traque la petite bête, équipée d’un aspirateur à bouche. Il faut faire bien attention de ne pas se tromper de tuyau…


Les visiteurs de la Grotte ce jour-là nous ont probablement pris pour des fous…


On ressort donc un par un, et on file se changer (à part Eric, qui a eu la brillante idée de laisser les clefs de la voiture à Kty, et qui du coup se retrouve sans chaussures) afin d’être à peu près présentable pour le déjeuner, prévu à 13h30.

Déjeuner sur place, au restaurant de la Grotte, offert par la direction. On se retrouve donc tous les vingt pour trinquer avec un très bon petit rouge, autour de magnifiques assiettes, une belle salade pour commencer, puis poulet sauce aux morilles. Certaines de ces dames préfèrent le rosé, mais tous trinquent de concert ; il n’y a que deux convives qui se trouvent être végétariens, dont notre ami Pierre, mais vu qu’il est aussi fort que les autres pour lever le coude, cela ne se remarque pas trop (ne pas manger de viande, c’est quand même nettement moins grave que de ne pas boire d’alcool…)


Magnifique décor pour le déjeuner du midi à l’Aragonite, le restaurant de la grotte (Photo Kty)


Changement de décor pour l’après-midi, nous sommes hébergés dans les locaux du Parc Naturel Régional, à Saint-Vallier, à quelques kilomètres de là. Comme le matin, Kty et Éric, Josiane et Bernard partent en tête, pour préparer. Je les suis peu après, et à peine suis-je sorti de la ville que je tombe sur… les Lips, en train de faire demi-tour…

Je m’arrête donc, me signale à Bernard, et le guide jusqu’à Saint Vallier. Les locaux du PNR sont vastes, avec une grande salle où nous pourrons tous tenir pour l’après-midi. Le temps de monter tout le matériel, y compris les dix loupes binoculaires et toute la documentation, nous reformons les binômes du matin pour à présent préparer et interpréter le matériel collecté le matin. Il s’agit de préserver les spécimens dans des tubes remplis d’alcool qui seront étiquetés, et conservés afin que les spécialistes puissent les étudier. Les quelques spécimens aperçus ce matin ne représentent qu’une toute petite fraction de ce qui se cache dans chaque fissure de la grotte, et ce petit sacrifice permet de faire considérablement avancer la science, et, le cas échéant, de prendre les mesures nécessaires pour préserver les autres. Et puis je me dis que, après-tout, finir noyé dans un récipient rempli d’alcool, c’est quand même une belle mort…


La salle de travail, dans les locaux du PNR (Photo Adeline)


Les échantillons sont identifiés le plus précisément possible, grâce à la documentation disponible, afin d’être adressés au bon spécialiste. C’est qu’il n’est pas toujours possible d’identifier une espèce sur le terrain, parfois plusieurs espèces distinctes se ressemblent tellement qu’il est impossible de savoir de laquelle il s’agit sans les disséquer… C’est notamment le cas de notre Polydesme (raison pour laquelle je n’ai pas pu indiquer son nom) : un Polydesme cavernicole a bien déjà été décrit dans le coin (Propolydesmus mistrei (Brölemann, 1902)), mais plusieurs autres espèces très similaires sont également possibles, seule différence notable : la forme des bijoux de famille du Monsieur (dans le métier, on dit « gonopode », pour éviter de mentionner auprès des non-initiés que l’essentiel du travail consiste à examiner des parties génitales au microscope… C’est pas un métier, c’est une vocation…) Examen détaillé sous la loupe binoculaire, et : bingo ! Au moins deux mâles dans le lot. « Bobby » devrait prochainement pouvoir recevoir un nom plus précis…


Félicitations, Madame ! C’est un garçon !


Jackpot pour les filles, qui ont décidément bien fait d’explorer la première galerie non aménagée : en plus d’un autre mille-pattes aveugle, celui-ci aux grosses « joues » hyperdéveloppées (Devillea tuberculata Brölemann, 1902), Séléna a réussi à attraper un petit cloporte très intéressant : il peut s’agir ou bien d’une espèce déjà connue de la région, mais très faiblement connu de la science (ce serait la 4ème ou 5ème fois seulement qu’elle serait observée par l’être humain), ou bien d’une espèce peut-être moins rare, mais dans ce cas qui serait totalement inconnue, et donc nouvelle, pour le département… Quoi qu’il en soit, c’est du lourd, et cela donne très envie d’y retourner pour en apprendre davantage…


Un mystérieux cloporte, et peut-être la donnée la plus intéressante de la matinée : on espère qu’il pourra être identifié par Franck Noël, le spécialiste du groupe. (Photo Adeline)


Ce travail méticuleux nous occupe une bonne partie de l’après-midi, et on en profite pour papoter et faire connaissance. On reconnaît certaines espèces, le travail avance. Josiane aide aux déterminations, ainsi qu’à l’inventaire. Bernard récupère les photographies, qui vont servir à présenter notre travail ce soir.


Josiane identifie un spécimen sous loupe binoculaire (Photo Marcel)


Les photos prises le matin vont permettre à Bernard de présenter un diaporama de notre travail (Photo Alessandro)


Il faut être très méticuleux avec l’étiquetage des échantillons. Tout le monde écoute avec beaucoup d’attention les consignes de Josiane.


Repas du soir au Relais Impérial, où est également hébergée une bonne partie de l’équipe. La bière bien fraîche fait beaucoup de bien après une grosse journée de travail, puis nous passons à table, où nous avons le temps de papoter. Anecdote amusante, j’engage la conversation avec les collègues varois : connaissant un peu la géologie du coin qui est assez différente de la nôtre, j’ai du mal à situer où sont les trous intéressants dans le coin. Je questionne Jean-Luc à ce sujet, et l’on se met à causer géographie, puis politique, avant que je ne réalise que Brigitte était mon maître de stage, à sa pépinière lorsque j’étais en 4ème… (1997, j’ai vérifié !) Tout cela ne nous rajeunit pas (je n’avais même pas encore la barbe, à l’époque, je ne l’ai portée qu’un an plus tard…), mais nous fait en tous cas passer un bon moment. Le dessert et la suite de la soirée se passent dans la salle de projection de l’hôtel, en compagnie de quelques invités supplémentaires, dont le directeur de la Grotte et les élus locaux, devant lesquels sont présentés les grands principes de la biospéléologie, ainsi que nos premiers résultats, grâce aux photos du matin.


Un autre type de salle, sans concrétion, celle du Relais Impérial où nous dînons le soir (très belle aussi, photo Kty)


Le lendemain, le réveil pique un peu, non pas à cause de l’alcool, mais du changement d’heure ! (et probablement un petit reste de CO2 aussi…). Le ciel est gris, et le soleil semble avoir pris le même coup de pelle que moi, et a du mal à se lever. Retour aux locaux du PNR, où il faut finir le travail d’inventaire entamé la veille. Certains, dont Éric, ont évoqué la possibilité de ressortir faire quelques cavités histoire de compléter un peu, et tester nos compétences nouvellement acquises, mais Josiane a émis des doutes… Effectivement, on n’aura pas trop de la journée pour finir le méticuleux travail d’étiquetage et d’emballage. Pique-nique à midi sur la terrasse, le soleil ayant enfin daigné se lever, avec les denrées apportées par chacun (mais qui a donc pensé à apporter un lonzu corse ? Mais quelle excellente idée Brigitte !). Le Haut-Médoc Demoiselle de Sociando-Mallet 2008 (c’est 100% végétal, tu peux y aller, Pierre !) aide à éliminer les derniers relents de CO2 et à finir le travail la tête légère. En tout, ce sont plus de 90 nouvelles données qui viennent s’ajouter à la collection déjà impressionnante gérée par Josiane, et qui entament le premier inventaire de la Grotte de Saint-Cézaire ; le nombre précis d’espèces reste encore à connaître, dépendant des déterminations qu’en feront les spécialistes après qu’on leur aura adressé le matériel, mais on estime qu’une bonne vingtaine d’espèces ont ainsi été observée pour la première fois dans cette petite cavité réputée stérile et sans aucun intérêt : le plus souvent, la biodiversité ne s’observe que quand on prend la peine de la chercher… S’il manque à l’inventaire, comme on s’y attendait, la faune d’entrée (du fait de l’absence d’entrée naturelle), et les guanophiles (du fait de l’absence de chiroptères), la grotte héberge bien une faune de troglobies adaptés à la vie en profondeur, ainsi que des troglophiles et des endogés qui doivent y accéder par les nombreuses fissures mettant en relation la grotte avec le karst environnant. Elle n’a probablement pas encore livré tous ses secrets…



Le temps de redescendre le matériel dans les voitures, on échange les coordonnées et on se quitte avec émotion : on s’était retrouvés comme co-stagiaires, on se quitte pratiquement amis. Des groupes de travail ont été constitués, on se promet de revenir sur le travail entamé, et de retour à la maison de partager avec nos clubs respectifs un peu de notre savoir-faire nouvellement acquis. Un excellent week-end enrichissant tant intellectuellement qu’émotionnellement, humainement et gastronomiquement. Un très grand merci à Pierre et à la direction de la Grotte de Saint-Cézaire, ainsi qu’au Parc Naturel Régional de nous avoir accueillis, à Kty et Éric d’avoir tout organisé, et à Josiane et Bernard de nous avoir éblouis et fait partager un peu de leur sagesse… 





Fabien





8 mars 2026

Triolisme à l'aven Yvan

Participants : Daniel, Francis, Jérôme
TPST : 7h

Morte saison spéléologique que ce mois de mars tout tristounet qui incite à rester sous la couette plutôt qu'à aller se faire suer à déséquiper un trou en fin d'exploration. C'est pourtant ce dimanche-là que le Président a choisi pour aller retirer cordes et amarrages du fond de l'aven Yvan, quelque part dans les broussailles de Saint-Cézaire  entre l'aven des Baragnes et l'aven Léo. Il lui fallait deux esclaves pour remonter les kits pleins de cordes moisies : l'inévitable Francis qui est de tous les plans foireux et votre serviteur dont la couette était au pressing ce jour-là.

Neuf heures trente sonnent dans le lointain lorsque le TSV (Trio Spéléologique de Vence) se retrouve au parking des Baragnes. Dix heures quinze carillonnent à la montre présidentielle lorsque nous nous enfilons dans le puits d'entrée dont la courte étroiture verticale de deux mètres (qui a fait reculer plus d'un spéléo cacochyme par le passé) est un obstacle plus psychologique que physique. Nous dévalons la succession de puits et de ressauts plus architecturaux que concrétionnés jusqu'à la côte moins 91,5, un puits en dessous du fameux "anus de mouette" dont Mathieu et Daniel vinrent à bout il y a quelques années. C'est le terminus devant lequel même notre très obstiné ami Pierre a baissé les bras et laissé tombé sa massette, massette que je vais récupérer en même temps que celle du Président, plus une collection de burins, plus un fagot de broches plus quelques autres cochonneries métalliques qui traînaient au fond. Soit au bas mot un kit d'une douzaine de kilos. Daniel et Francis en profitent pour tirer quelques coups. Il est toujours émouvant de voir deux aimables gaillards tirer des coups dans un trou. Surtout si ce sont des coups de décamètre. En effet, Dada voulait compléter sa topo du fond avec quelques cotes manquantes, notamment celles de deux puits remontant débouchant sur rien. L'opération est fastidieuse et chronophage. L'heure tourne et après avoir récupéré les cordes, nous cassons la croûte à la base de l'avant-dernier puits. Il est treize heures et pour nous réchauffer je débouche une bouteille de "Rouge Frisson", un petit Vin de France du Vaucluse qui gouleye à souhaits 

J'attaque la remontée en premier en charriant mon kit (certes allégé de ses 75cl de pinard et de mon sandwich) et le kit de ferrailles qui me donne l'impression d'avoir un sac d'enclumes attaché sous les roubignolles. Francis me suit, à disposition du Président qui déséquipe. Au total nous remonterons un kit de quincaillerie et deux kits bourrés de cordes bien boueuses. Le Grand Homme a prévu de laisser la partie haute équipée pour pouvoir accéder ultérieurement à un puits parallèle qui pourrait constituer le point de départ d'un deuxième réseau. Peut-être... 

J'ascensionne sans trop de difficultés malgré le poids, mais en gesticulant du périnée pour que mes deux kits, notamment celui plein de massettes, ne viennent pas s'accrocher dans les lames de roche qui parsèment le parcours. Et çà, plus les sorties de puits un peu acrobatiques, ça vous pompe quand même un brin d'énergie. C'est donc soufflant comme un phtisique en phase terminale que j'atteins le fractio juste au-dessous de la chatière verticale de la sortie. Comme elle est vraiment trop juste pour l'attaquer avec deux kits au cul, nous avons décidé à l'unanimité de nous trois que je hisserai les trois sacs de déséquipement depuis l'entrée en utilisant la corde de descente. Je suspend donc mon kit plein de clous au fractio et sors du trou, attendant le signal de mes deux compères pour commencer le treuillage. Signal qui ne vient pas. Trente minutes plus tard, j'entends Francis arriver à l'amarrage et la manoeuvre peut commencer. Dada ferme la marche et à 17h15, le trio est dehors, ayant accompli sa mission. A ma question : "Qu'est-ce que vous avez branlé pendant une demi-heure pendant que je me caillais les miches ?" Daniel et Francis répondent en choeur : "Tu le sauras jamais, ce qui se passe dans le trou reste dans le trou".

Je ne sais pas trop comment interpréter cela...


Jérôme



1 mars 2026

Encore deux à Roquefort-les-Pins

Participants : Daniel, Francis
TPST : 5h à la louche


Fred lui ayant fait faux-bond pour le traditionnel dézobage dominical au Mardaric, Dada nous a concocté une double visite dans les bois de Roquefort : l'Aven Emile et l'aven de la Tirelire.

Comme d'habitude pour ce secteur, rendez-vous est donné à 9h Chemin du Debram mais avec une variante : le parking se fera à l'autre bout du chemin. Résultat : un parcours dans le dédale des rues du secteur pavillonnaire; on redit bonjour au promeneur à clébards qu'on avait croisé de l'autre coté ! Ça à l'air ballot mais, au final, on ne s'est pas tapé des heures de marche tout équipés. Le Président sait s'économiser…

Du coup, l'Aven Emile, retrouvé en décembre 2025 après des années de recherche, n'est qu'à 10 minutes à pied. Mais il faut le sens de l'orientation du Vénérable pour faire le tri entre tous les chemins possibles… Le temps de dégager l'entrée (grille, solides branches et camouflage), et nous voilà partis à parcourir l'aven. On descend, on remonte, on se faufile dans les méandres, on redescend, on remonte, etc. Au fond d'un puits et à l'entrée d'une suite possible, Dada récupère le collier, la cloche et le crâne d'un pauvre clebs tombé là il y a belle lurette car le numéro de téléphone inscrit sur la médaille ne mentionne que 8 chiffres. Si son ou sa propriétaire n'est pas mort(e)  de chagrin à cette occasion, il ou elle est probablement décédé(e) depuis !


Comme notre expert photos Yannick n'est pas de la partie, je m'y colle avec mon smartphone low-cost et un éclairage insuffisant. Bien évidemment la moitié des images sont justes bonnes à jeter et pour le reste il vaut mieux oublier le zoom pixellisé... C'est dommage car il y a de vraies belles concrétions là-dessous avec de la jolie calcite bien blanche et brillante. 






Dada en profite pour changer une corde et, à l'endroit de son dernier arrêt, pour poser un amarrage ce qui nous permet de prolonger un peu la reconnaissance de la cavité. Il prévoit aussi quelques aménagements complémentaires pour faciliter les déplacements futurs pour travaux… Le trajet dans les boyaux est souvent boueux et on ressort bien cradingues vers 11h30. Pour l'estomac présidentiel, réglé comme un coucou suisse, c'est un peu tôt pour déjeuner; mais le ciel est couvert et sans le soleil on a vite fait de se cailler après avoir transpiré un tantinet. Qu'à cela ne tienne, on attaque la pitance. Dans la foulée je débouche la fillette de Médoc 2022 prévue pour les sorties en très petit comité (à deux, quoi). Cette fois, j'ai pris bien soin de ne pas oublier le tire-bouchons, NPJ (Notre Petit Jérôme) n'étant pas là pour compenser mes faiblesses neurologiques. Le Président quant à lui sort son café pour terminer la pause.

Un court trajet nous amène vers le second aven : la Tirelire. En chemin Dada me montre le X1, le Q1 et d'autres tous bien prometteurs… Un ressaut de 2 mètres et un petit méandre précèdent un P12 avec un fractionnement un peu acrobatique, sauf pour ceux qui ont des grandes jambes. On explore vite fait cette cavité bien moins jolie que la précédente.  A entendre souffler l'expert sur la remontée du P12 et le passage du fractio, je m'inquiète un peu : si lui en chie qu'est que cela va être pour votre serviteur ! Et effectivement, malgré un passage tranquilou du fractio proprement dit je commets l'erreur du crétin et ré-accroche mon crolle sur le mauvais brin de la corde qui pendouille et me retrouve donc bloqué quasi sur le nœud de l'amarrage, ayant à peine entamé la remontée. Quel abruti ! En plus l'Ancien, qui surveillait son padawan en balsa, m'avait dit trouver bizarre ma configuration… A se mettre des baffes quoi. Résultat : au moins 20 minutes à tenter de débloquer ce Petzl récalcitrant… Appui sur la pédale, tractions, contorsions, branlette du crolle, rien n'y fait. Dada redescend même pour me tracter et soulager la tension : que dalle. Pas de panique néanmoins, et finalement je pense, mais un peu tard, à prendre appui sur la boucle de la corde, ce qui soulage suffisamment la tension pour enfin libérer le crolle. C'était simple pourtant mais il faut beaucoup de pratique pour avoir ces réflexes. Je n'oublierai pas cette leçon !

La sortie, un peu chiante en cas de fatigue (on se demande bien pourquoi…), est agrandie quelque peu par le Président qui finit la batterie de son perfo. Fixation de la grille (ça rigole pas), branches, camouflage et on décarre vers 15h30. 




Tous le matos finit dans des grands sacs poubelles : faut pas trop salir la bagnole. La sauterie se termine vers 16h. Enfin presque, car le nettoyage promet d'être long !

Francis