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28 mars 2026

Chercher la petite bête à Saint-Cézaire (Inter-clubs : stage biospéléologie du CDS06 des 28 et 29 mars 2026)

Participants : Josiane et Bernard Lips, Kty, Éric, Pierre, Sophie, Vincent, Denis, Serge, Adeline, Séréna, Brigitte, Catherine, Marcel, Jean-Luc, Apolline, Clarisse, Alessandro, Alessio, Fabien

TPST : 3h

Au GSV, on apprécie les sciences, et on est toujours curieux, c’est pourquoi Dada, informé de mon goût pour la biospéologie, a organisé une sortie aux Caranques, où il voudrait pouvoir me montrer quelques bestioles, dont il espère que je saurai lui dire le nom, et qu’il a prévue… le dimanche du stage.

Pas grave, on a également le sens pratique, et on sait s’organiser : les tâches sont rapidement réparties, j’irai au stage, pendant que les copains iront aux Caranques sans moi, non sans m’avoir promis auparavant de boire un coup à ma santé. C’est donc un peu avant 9h que j’arrive sur le parking de la Grotte de Saint-Cézaire, où j’aperçois déjà pas mal de monde. Le stage est organisé par le CDS06 et sa commission scientifique, avec comme organisateurs Éric, des SophiTaupes et Président de la CoSci, et Kty, du Groupe Spéléo Magnan, de la CoSci et du GCP Chiroptères, tous deux également membres du Groupe d’Études de Biospéléologie, avec comme animateurs Josiane et Bernard Lips, du GEB, experts reconnus dans leur domaine. En plus de ces deux clubs, étaient également représentés le Garagahl, ainsi que le GSV (par votre serviteur). De nombreux invités avaient fait le déplacement, d’Italie, du 13, du 09, et même de l’étranger, puisque nous avons eu le plaisir d’accueillir plusieurs de nos amis varois… Nous étions en tout une vingtaine de participants, intervenants et stagiaires, quand on nous a informés que les Lips, partis en avance pour préparer le stage, n’étaient toujours pas arrivés… Ils n’ont heureusement pas mis longtemps et, les présentations faites, Josiane a pu nous briefer sur les techniques d’inventaire. Chacun sera doté d’un appareil photo et de matériel de collecte, afin de… et bien de photographier et de collecter les animaux que nous croiserons. Ouais, ça semble logique, en fait.

La Grotte Dozol, ou Grotte de Saint-Cézaire (11-H) est une grotte touristique aménagée ouverte depuis un peu plus d’un siècle, qui présente la particularité d’avoir son entrée artificielle à l’intérieur du bâtiment, et aucun accès naturel vers l’extérieur : ainsi privée des apports en matière organique venus de l’extérieur, et des chauves-souris, en plus d’avoir été fortement aménagée, elle est du coup réputée totalement stérile, n’abritant aucune sorte d’organismes, et plusieurs biospéléologues en sont déjà revenus bredouilles… Cela a intrigué Pierre, le nouveau guide de l’établissement : passionné de spéléologie, ce garçon a quitté il y a un peu plus d’un an sa région natale, très belle mais à peu près dépourvue de trous exploitables, et s’est installé chez nous dans l’espoir d’avoir l’occasion d’y explorer de belles cavités… Il a rapidement trouvé employeur à la Grotte, ce qui l’a malheureusement tellement occupé jusqu’ici qu’il n’a pas eu l’occasion d’en visiter beaucoup…


L’entrée de la grotte… (c’est facile, c’est écrit dessus…)


Intrigué, il a donc proposé d’accueillir le stage de cette année dans son établissement afin de vérifier cette prétendue absence de vie. Après avoir constitué des équipes de deux, il est un peu moins de 10h quand nous franchissons la porte et descendons les escaliers menant à la cavité, où l’on pense rester environ trois heures…


La salle, aux concrétions magnifiques, éclairée pour accueillir le public…


Des cristaux de calcite en « oursins »…


Je fais pour ma part équipe avec Vincent, du GSM. Les chemins bien dégagés et cimentés accessibles aux visiteurs permettent de contempler de splendides concrétions, mais on comprend assez vite qu’il va nous falloir regarder ailleurs que sur les sentiers ultra fréquentés pour espérer voir de la vie. Avec mon acolyte, nous nous engageons donc dans la première bifurcation à notre droite, un petit boyau en cul-de-sac non aménagé en contrebas de la deuxième volée de marches. Les filles sont plus malignes et ont repéré quant à elles sur la topo une petite galerie descendant à -9m sur la gauche encore plus près de l’entrée, d’accès plus étroit qu’elles décident d’explorer, et l’avenir montrera qu’elles ont eu raison… Tandis que l’essentiel du groupe s’enfonce dans les profondeurs, Éric se charge de rééquiper le puits situé au fond, où descendront deux chanceux volontaires désignés d’office.

Dès les premiers mètres, cela me plaît : le sol est très boueux, et l’on s’y enfonce rapidement, mais les concrétions sont recouvertes de déjections de cloportes et de mille-pattes, je ne doute pas qu’on y croise donc de la vie. Une chose cependant me dérange, la présence de lampes allumées depuis le matin, pour l’accueil des visiteurs, et qui y déploient un jour constant, pas tellement compatible avec la vie souterraine telle que je la connais. Des plantes on même réussi à pousser, et un petit tapis de mousse bien verte se développe à -6m, en face d’un projecteur, là où la lumière serait normalement totalement absente. Quelques coquilles vides prises dans l’argile et de toute évidence là depuis très, très longtemps constituent nos premières prises, à peine le temps de nous interroger sur la présence d’un grand nombre d’ampoules enfoncées dans le sédiment, quand je repère enfin ce que je cherche : un minuscule cloporte dépigmenté d’un peu moins de 3 mm. Serge, en regardant mes photos, me fera plus tard remarquer à juste titre qu’on en voit de similaires un peu partout dans le plateau, et il a raison, mais lorsque je lui montre ensuite le spécimen dans son tube d’alcool, il reconnaît que les « siens » sont beaucoup plus gros : il fait en fait référence à l’espèce Alpioniscus feneriensis, bien connue, sinon de nom, du moins d’apparence, de la plupart des spéléologues du coin, et qu’on observe notamment facilement à la Bauma Fumada, à environ 21 km au NE d’ici. La mienne est beaucoup plus petite : Nesiotoniscus ribensis fait partie de la même famille, mais ne dépasse pas les 3 mm. Outre sa taille, elle s’en distingue également par les antennes, plus courtes et trapues. Ce petit cloporte entièrement blanc et dépourvu d’yeux est ce que l’on appelle une espèce troglobie, une espèce entièrement adaptée au milieu souterrain, qui y passe sa vie entière, s’y reproduit, et dont il n’existe aucun représentant à la surface. Vincent me désigne à son tour un cloporte de taille moyenne, que j’identifie comme la Philoscie des caves, Chaetophiloscia cellaria. Deux autres suivront. La Philoscie, quant à elle, est un cloporte beaucoup plus courant, que l’on rencontre également fréquemment dans les souterrains y compris artificiels, comme les caves (d’où son nom), et même à l’extérieur. Elle est un parfait exemple de faune eutroglophile, c’est-à-dire d’un animal parfaitement capable de vivre aussi bien à l’extérieur (pourvu qu’il fasse suffisamment frais et sombre, sous les pierres, par exemple) ou sous terre. Elle n’a absolument aucun besoin de sortir, certaines populations passent leur vie à l’extérieur, tandis que d’autres ne sortent jamais. Contrairement au Nesiotoniscus, elle possède des pigments colorés – même si les populations souterraines ont parfois tendance à être plus pâles. La Grotte de Saint-Cézaire est donc bien habitée, finalement !


Nesiotoniscus ribensis Vandel, 1948 (pas encore de nom commun français) : petit cloporte de moins de 3 mm, entièrement blanc et sans yeux, faisant partie de la faune troglobie de la grotte, c’est-à-dire des espèces entièrement adaptée au milieu souterrain et ne vivant que là.


Chaetophiloscia cellaria (Dollfus, 1884), la Philoscie des caves : cloporte de taille moyenne, faisant partie de la faune troglophile de la grotte, c’est-à-dire des espèces que l’on peut trouver aussi bien sous terre qu’à la surface.


Polydesmidae sp. cf. mistrei, la future mascotte de la Grotte ? Très commun, il est encore en attente pour l’instant d’une détermination précise par les spécialistes.


Je ne sais plus lequel de nous deux repère en premier ce petit mille-pattes entièrement blanc, qui arpente avec bonhommie la paroi juste derrière nous, un Polydesme, au corps aplati. Deux autres suivront, et plusieurs autres groupes en récolteront également. Relativement fréquent dans la cavité, facile à observer, et très typique, avec son corps blanc dépourvu d’yeux, il deviendra rapidement la mascotte de la Grotte, surnommé « Bobby » par le personnel. Un spot entièrement prospecté, on passe au suivant, explorant ainsi toute la cavité, laissant aux autres groupes le soin de vérifier après nous ce qui aurait pu nous échapper, et repassant nous-mêmes où les autres sont déjà passés, on s’efforce de tout couvrir. Pas de grande étendue d’eau dans la cavité, où l’on puisse espérer trouver des Niphargus, et d’autres aquatiques, mais ça et là des flaques et de petits gours où s’agitent de minuscules points blancs : pour ceux qui aiment boire aux gours, ce sont eux qui sont responsable de l’apport en protéine supplémentaire ainsi que de la sensation très désagréable en bouche. Il s’agit, pour la plupart, de collemboles, mais quelques autres minuscules animaux dépigmentés y sont observés occasionnellement : acariens, symphiles, et même un minuscule palpigrade (microscorpion, à ne pas confondre avec les pseudoscorpions !). Sophie, du fond du P52, me crie sa frustration d’avoir accepté de descendre au fond de ce cloaque où elle n’a rien trouvé à part de l’argile. Au fond de la salle principale, la longue galerie aveugle à -17 m’attire comme un aimant. Vincent, prudent, m’attend là et continue de scruter les concrétions. Éric, paraît-il, s’y est déjà aventuré et n’y a rien trouvé d’autre que de la boue. Fanfaron, je m’élance, mais ne ferai malheureusement pas mieux ; j’aurai au moins eu le plaisir d’explorer un peu, et d’étrenner ma combi avec de l’argile toute neuve. A la sortie, je pourrais facilement passer pour le petit frère d’Éric, tant nos tenues sont assorties. C’est bon pour la peau, paraît-il… La semaine a été longue, je me suis levé tôt, et je commence à éprouver un sérieux mal de tête : je me propose donc de sortir, pour prendre un cachet. Éric m’apprend que trois autres personnes en ont fait l’expérience, et que la fatigue n’a pas grand-chose à y voir, mais plus probablement le CO2, présent en quantité appréciable malgré la ventilation dans la cavité où nous stationnons déjà depuis près de trois heures. Je le remercie beaucoup et me félicite intérieurement, pensant que je vais être acclamé en héros lorsque je vais rentrer au GSV en leur apportant cette excuse si magnifique : « j’ai mal à la tête, mais c’est pas à cause du pinard, c’est le CO2 ! »


Clarisse traque la petite bête, équipée d’un aspirateur à bouche. Il faut faire bien attention de ne pas se tromper de tuyau…


Les visiteurs de la Grotte ce jour-là nous ont probablement pris pour des fous…


On ressort donc un par un, et on file se changer (à part Eric, qui a eu la brillante idée de laisser les clefs de la voiture à Kty, et qui du coup se retrouve sans chaussures) afin d’être à peu près présentable pour le déjeuner, prévu à 13h30.

Déjeuner sur place, au restaurant de la Grotte, offert par la direction. On se retrouve donc tous les vingt pour trinquer avec un très bon petit rouge, autour de magnifiques assiettes, une belle salade pour commencer, puis poulet sauce aux morilles. Certaines de ces dames préfèrent le rosé, mais tous trinquent de concert ; il n’y a que deux convives qui se trouvent être végétariens, dont notre ami Pierre, mais vu qu’il est aussi fort que les autres pour lever le coude, cela ne se remarque pas trop (ne pas manger de viande, c’est quand même nettement moins grave que de ne pas boire d’alcool…)


Magnifique décor pour le déjeuner du midi à l’Aragonite, le restaurant de la grotte (Photo Kty)


Changement de décor pour l’après-midi, nous sommes hébergés dans les locaux du Parc Naturel Régional, à Saint-Vallier, à quelques kilomètres de là. Comme le matin, Kty et Éric, Josiane et Bernard partent en tête, pour préparer. Je les suis peu après, et à peine suis-je sorti de la ville que je tombe sur… les Lips, en train de faire demi-tour…

Je m’arrête donc, me signale à Bernard, et le guide jusqu’à Saint Vallier. Les locaux du PNR sont vastes, avec une grande salle où nous pourrons tous tenir pour l’après-midi. Le temps de monter tout le matériel, y compris les dix loupes binoculaires et toute la documentation, nous reformons les binômes du matin pour à présent préparer et interpréter le matériel collecté le matin. Il s’agit de préserver les spécimens dans des tubes remplis d’alcool qui seront étiquetés, et conservés afin que les spécialistes puissent les étudier. Les quelques spécimens aperçus ce matin ne représentent qu’une toute petite fraction de ce qui se cache dans chaque fissure de la grotte, et ce petit sacrifice permet de faire considérablement avancer la science, et, le cas échéant, de prendre les mesures nécessaires pour préserver les autres. Et puis je me dis que, après-tout, finir noyé dans un récipient rempli d’alcool, c’est quand même une belle mort…


La salle de travail, dans les locaux du PNR (Photo Adeline)


Les échantillons sont identifiés le plus précisément possible, grâce à la documentation disponible, afin d’être adressés au bon spécialiste. C’est qu’il n’est pas toujours possible d’identifier une espèce sur le terrain, parfois plusieurs espèces distinctes se ressemblent tellement qu’il est impossible de savoir de laquelle il s’agit sans les disséquer… C’est notamment le cas de notre Polydesme (raison pour laquelle je n’ai pas pu indiquer son nom) : un Polydesme cavernicole a bien déjà été décrit dans le coin (Propolydesmus mistrei (Brölemann, 1902)), mais plusieurs autres espèces très similaires sont également possibles, seule différence notable : la forme des bijoux de famille du Monsieur (dans le métier, on dit « gonopode », pour éviter de mentionner auprès des non-initiés que l’essentiel du travail consiste à examiner des parties génitales au microscope… C’est pas un métier, c’est une vocation…) Examen détaillé sous la loupe binoculaire, et : bingo ! Au moins deux mâles dans le lot. « Bobby » devrait prochainement pouvoir recevoir un nom plus précis…


Félicitations, Madame ! C’est un garçon !


Jackpot pour les filles, qui ont décidément bien fait d’explorer la première galerie non aménagée : en plus d’un autre mille-pattes aveugle, celui-ci aux grosses « joues » hyperdéveloppées (Devillea tuberculata Brölemann, 1902), Séléna a réussi à attraper un petit cloporte très intéressant : il peut s’agir ou bien d’une espèce déjà connue de la région, mais très faiblement connu de la science (ce serait la 4ème ou 5ème fois seulement qu’elle serait observée par l’être humain), ou bien d’une espèce peut-être moins rare, mais dans ce cas qui serait totalement inconnue, et donc nouvelle, pour le département… Quoi qu’il en soit, c’est du lourd, et cela donne très envie d’y retourner pour en apprendre davantage…


Un mystérieux cloporte, et peut-être la donnée la plus intéressante de la matinée : on espère qu’il pourra être identifié par Franck Noël, le spécialiste du groupe. (Photo Adeline)


Ce travail méticuleux nous occupe une bonne partie de l’après-midi, et on en profite pour papoter et faire connaissance. On reconnaît certaines espèces, le travail avance. Josiane aide aux déterminations, ainsi qu’à l’inventaire. Bernard récupère les photographies, qui vont servir à présenter notre travail ce soir.


Josiane identifie un spécimen sous loupe binoculaire (Photo Marcel)


Les photos prises le matin vont permettre à Bernard de présenter un diaporama de notre travail (Photo Alessandro)


Il faut être très méticuleux avec l’étiquetage des échantillons. Tout le monde écoute avec beaucoup d’attention les consignes de Josiane.


Repas du soir au Relais Impérial, où est également hébergée une bonne partie de l’équipe. La bière bien fraîche fait beaucoup de bien après une grosse journée de travail, puis nous passons à table, où nous avons le temps de papoter. Anecdote amusante, j’engage la conversation avec les collègues varois : connaissant un peu la géologie du coin qui est assez différente de la nôtre, j’ai du mal à situer où sont les trous intéressants dans le coin. Je questionne Jean-Luc à ce sujet, et l’on se met à causer géographie, puis politique, avant que je ne réalise que Brigitte était mon maître de stage, à sa pépinière lorsque j’étais en 4ème… (1997, j’ai vérifié !) Tout cela ne nous rajeunit pas (je n’avais même pas encore la barbe, à l’époque, je ne l’ai portée qu’un an plus tard…), mais nous fait en tous cas passer un bon moment. Le dessert et la suite de la soirée se passent dans la salle de projection de l’hôtel, en compagnie de quelques invités supplémentaires, dont le directeur de la Grotte et les élus locaux, devant lesquels sont présentés les grands principes de la biospéléologie, ainsi que nos premiers résultats, grâce aux photos du matin.


Un autre type de salle, sans concrétion, celle du Relais Impérial où nous dînons le soir (très belle aussi, photo Kty)


Le lendemain, le réveil pique un peu, non pas à cause de l’alcool, mais du changement d’heure ! (et probablement un petit reste de CO2 aussi…). Le ciel est gris, et le soleil semble avoir pris le même coup de pelle que moi, et a du mal à se lever. Retour aux locaux du PNR, où il faut finir le travail d’inventaire entamé la veille. Certains, dont Éric, ont évoqué la possibilité de ressortir faire quelques cavités histoire de compléter un peu, et tester nos compétences nouvellement acquises, mais Josiane a émis des doutes… Effectivement, on n’aura pas trop de la journée pour finir le méticuleux travail d’étiquetage et d’emballage. Pique-nique à midi sur la terrasse, le soleil ayant enfin daigné se lever, avec les denrées apportées par chacun (mais qui a donc pensé à apporter un lonzu corse ? Mais quelle excellente idée Brigitte !). Le Haut-Médoc Demoiselle de Sociando-Mallet 2008 (c’est 100% végétal, tu peux y aller, Pierre !) aide à éliminer les derniers relents de CO2 et à finir le travail la tête légère. En tout, ce sont plus de 90 nouvelles données qui viennent s’ajouter à la collection déjà impressionnante gérée par Josiane, et qui entament le premier inventaire de la Grotte de Saint-Cézaire ; le nombre précis d’espèces reste encore à connaître, dépendant des déterminations qu’en feront les spécialistes après qu’on leur aura adressé le matériel, mais on estime qu’une bonne vingtaine d’espèces ont ainsi été observée pour la première fois dans cette petite cavité réputée stérile et sans aucun intérêt : le plus souvent, la biodiversité ne s’observe que quand on prend la peine de la chercher… S’il manque à l’inventaire, comme on s’y attendait, la faune d’entrée (du fait de l’absence d’entrée naturelle), et les guanophiles (du fait de l’absence de chiroptères), la grotte héberge bien une faune de troglobies adaptés à la vie en profondeur, ainsi que des troglophiles et des endogés qui doivent y accéder par les nombreuses fissures mettant en relation la grotte avec le karst environnant. Elle n’a probablement pas encore livré tous ses secrets…



Le temps de redescendre le matériel dans les voitures, on échange les coordonnées et on se quitte avec émotion : on s’était retrouvés comme co-stagiaires, on se quitte pratiquement amis. Des groupes de travail ont été constitués, on se promet de revenir sur le travail entamé, et de retour à la maison de partager avec nos clubs respectifs un peu de notre savoir-faire nouvellement acquis. Un excellent week-end enrichissant tant intellectuellement qu’émotionnellement, humainement et gastronomiquement. Un très grand merci à Pierre et à la direction de la Grotte de Saint-Cézaire, ainsi qu’au Parc Naturel Régional de nous avoir accueillis, à Kty et Éric d’avoir tout organisé, et à Josiane et Bernard de nous avoir éblouis et fait partager un peu de leur sagesse… 





Fabien





8 févr. 2026

Fondue savoyarde 2026 à la Mescla

Participants : Daniel, Jérôme, Mathieu, Francis, Pierre, Lemmy, Yannick, Sacha, Fabien
TPST : 7h
 

Mathieu ayant plus ou moins récupéré ses facultés (c’est-à-dire dans la limite de celles que lui impose son âge désormais bien avancé), la sortie initialement prévue il y a deux semaines et reportée pour cause d’absence du principal intéressé (quand on lui disait que c’était pas une bonne idée de fêter son anniversaire en avance) a pu avoir lieu ce dimanche, avec au programme la traditionnelle fondue de début d’année, ainsi que le soufflage du nombre important de bougies du compère Mathieu. Première sortie pour moi avec ce groupe sympathique dont j’ai fait la connaissance il y a quelques semaines à peine. On m’a informé que la tradition voulait que le nouveau rédigeât le fameux compte-rendu de sortie (j’ai l’impression de m’être fait couillonner quelque part quand même…). Dont acte.

Mon GPS ayant lâchement surestimé le temps de trajet (à croire que les gens du coin doivent stagner à 90 sur la 2 x 2 voies, pour ainsi l’induire en erreur), c’est donc avec un peu d’avance que je parviens au lieu de rendez-vous, rapidement rejoint par Francis, puis Yannick et Sacha, que je n’avais pas encore eu l’occasion de rencontrer, et dont je fais ainsi la connaissance. Chacun arrive ensuite assez rapidement, y compris notre motard en auto de Jérôme, à peine le temps de médire de Pierre (qui devrait arriver seulement une fois l’apéro servi…) que celui-ci nous rejoint, accompagné de Lemmy. 10h30, tout le monde est au complet. Serrages de louche et mains aux fesses, on est contents de se retrouver et on se prépare rapidement avant de se mettre en route. L’occasion d’admirer la tenue flambant neuve de Petit Pierre, on comprend que le papa, fier de son mouflet, s’est fait plaisir sur le coup. Suite à un quiproquo, Dada n’a pas prévu de harnais pour moi. Qu’à cela ne tienne, le Président est un homme pragmatique et d’expérience qui ne s’en laisse pas compter pour si peu. A partir d’un vieux string, il a tôt fait de me confectionner un équipement tout à fait convenable, et, sinon fédéral, du moins presque règlementaire. Il y a bien une ficelle qui pend, un peu trop courte pour être d’une quelconque utilité, et qu’il faudra que j’assujettisse au moyen d’un nœud pour que cela ne se voit pas trop. Cela me rappelle quand, tout gamin, je montais dans la vieille 104 de mon papa, et que je devais faire à l’antique ceinture de sécurité pétée un nœud parfaitement inutile, mais destiné à convaincre les forces de l’ordre en cas d’éventuel contrôle… C’est ça, le GSV, une ambiance familiale où on se sent tout de suite accueilli.

 
 Jérôme, Mathieu, Francis et votre serviteur (photo Yannick)

 
Pierre avec le fiston dans sa combinaison flambant neuve (photo Yannick)

 

 

  

Nous parcourons une trentaine depuis le parking avant de nous introduire dans la fente au fond de laquelle nous attend la grille rapidement ouverte par Dada. Avec les pluies de ces dernières semaines, la cavité est humide, et il nous faut patauger les premiers mètres. Fort éprouvés, et surtout assoiffés par la soixantaine de mètres parcourus, on décide de servir tout de suite l’apéro. Mathieu a visiblement faim, et s’active immédiatement sur son caquelon, oublieux de l’apéro au point qu’on sera obligé de le réhydrater à plusieurs reprises. Ça frotte et ça frotte, remplissant rapidement la cavité d’une forte odeur d’ail. Une chauve-souris ainsi dérangée par les effluves (probablement un cousin éloigné de Dracula) se sauve en nous faisant des gestes pas sympa avec les doigts. Désireux de ne pas reproduire les erreurs du passé, trois tire-bouchons ont été prévus pour ce coup, et Jérôme peut dégoupiller un magnifique Muscat de Rivesaltes. Malheureusement pour moi, suite à une vieille blessure de guerre la consommation de blanc m’est formellement interdite par le corps médical, et je dois donc décliner et me rabattre sur du très bon vin rouge. C’est seulement une fois le gosier bien chemisé par le rouquin que je peux, sans risque pour ma santé, attaquer sereinement le muscat, très bon également. La table se recouvre rapidement de tout un assortiment de douceurs qui nous permettent de récupérer de l’effort engagé. Mathieu demande toutes les dix minutes s’il peut lancer la cuisson, tandis que Dada s’interroge sur ces étranges petites boules vertes : on lui dit que ce sont des cacahuètes au wasabi, une sorte de moutarde japonaise particulièrement conseillée pour les érections défaillantes. Du coup, le Président finit le paquet...

Mathieu veille (photo Yannick)

 Dada goûte au Muscat

Ma propre contribution au buffet venant un peu plus tard, j’en profite pour jeter un œil alentours et découvrir la cavité que je pénètre pour la première fois. Lemmy est tout excité et suit son propre tempo, disparaissant et réapparaissant dans chaque passage, sous l’œil attentif du papa qui se voit déjà devoir expliquer sa disparition à madame, et décide de sortir une corde quand même par précaution. 

Mieux vaut ne pas trop lâcher Lemmy…

 Je découvre quelques bestioles qui me permettent d’initier mes nouveaux camarades à ma passion pour la biospéologie, et j’indique à Lemmy un petit cloporte entièrement blanc et sans yeux, qui va bien l’occuper pendant quelques minutes. Un peu plus loin, quelques-uns de ces intéressants petits coléoptères cavernicoles, Duvalius ochsi (dédié au biospéléologue Jean Ochs, pardon, c’est pas moi qui fait les noms). La population de la Mescla est même assez particulière : très rare et endémique, elle n’est connue que dans cette seule cavité, et même de cette seule zone d’un peu moins de 20 m², proche de l’entrée et nulle part ailleurs dans le réseau, ce qui lui a valu le doux nom latin de janitor, « le concierge ».

 Alpioniscus feneriensis, petit cloporte cavernicole  (photo Fabien)

 Duvalius ochsii « janitor », coléoptère cavernicole de la Mescla (photo Fabien)

Le saucisson de Francis n’a pas fait long feu, et Mathieu s’active désormais sur sa cuillère en bois pour assurer la pitance de chacun. 

 Mathieu s’attaque à la préparation du fromage (photo Yannick) 

L’odeur du bon frometon imprègne le calcaire millénaire à titre d’avertissement pour les visiteurs du futur. Le caquelon se remplit rapidement de morceaux de pain, sans qu’on visse quelqu’un perdre le sien, au point qu’on en vient à se soupçonner mutuellement. Les bottes, fraîchement rincées à l’eau de l’entrée, n’attende que le coup de langue du gage providentiel. La Providence est bien au rendez-vous, car l’ample provision de pain de Francis parvient malgré tout à apaiser la faim dévorante de chacun. Si nul n’est pris en faute, les morceaux de pains s’accumulent pourtant rapidement dans le caquelon où il y a bientôt plus de pain que de fromage : c'est à se demander s’il n’y a pas eu sa-botte-age ! Les vieux sont repus mais, comme il ne faut surtout pas gâcher, le jeune Sacha en pleine croissance se sacrifie et fait un sort au reste de fondue et à la charcuterie qui va avec. 

Le gâteau d’anniversaire de Mathieu prendra cette année la forme d’une tarte aux pommes fournie par le président, sans les bougies qu’on a bien sûr oubliées. Histoire d’amadouer mes nouveaux amis, j’ai ramené des cookies fait maison, qui disparaissent rapidement. J’ai prévu pour les accompagner une petite bouteille Thermos de café, mais Jérôme m’interrompt en me disant que « la sienne est plus grosse que la mienne » et, joignant le geste à la parole, de la sortir pour me la montrer. Cela fait beaucoup. Un peu plus, et on ne pourrait pas finir la tarte...

Dada, Francis et Jérôme se régalent, pendant que Mathieu veille : mais qui a fait tomber un morceau de pain ?

Heureusement que Mathieu a tout prévu, et sort sa désormais traditionnelle verveine à 85 degrés, qui dissipe rapidement les effets de l’alcool et nous remet tout de suite d’aplomb pour attaquer le dessert. Jérôme débouche le Champagne (ça reste un anniversaire), malheureusement à nouveau du blanc que je suis obligé de décliner. Histoire tout de même de ne pas trinquer à vide (ça ne se fait pas !), Mathieu me ressert une verveine. Du coup nous sommes prêts à affronter le rhum arrangé au pain d'épice de ce vieux flibustier de Yannick. On achève cette belle tablée dans la convivialité, et on dit au revoir à Pierre et Lemmy, qui nous avaient prévenus qu’ils ne pourraient pas rester trop longtemps.

Il est temps de dépenser le surplus de calories ingurgitées en faisant un minimum d’exercice, il est grand temps de payer une visite à cette vieille dame de la Mescla, que beaucoup connaissent déjà bien, et que d’autres comme moi découvrent pour la première fois. Direction l’ouest, pour aller voir la rivière souterraine. Le réseau déjà équipé est facile, et à la portée du novice que je suis. Je m’habitue rapidement à longer / délonger, et, moyennant une virole un peu récalcitrante, je suis le groupe sur les traces de Dada, accompagné de Francis et Jérôme qui ferme la marche. En dépit des mises en garde, le franchissement de l’IPN s’effectue sans incident, et l’on parvient rapidement au bord de l’échelle qui s’enfonce dans l’eau profonde et agitée d’un courant rapide. Le temps de lire les plaques commémoratives des deux plongeurs qui ont autrefois perdu la vie dans le siphon, et de philosopher sur l’intérêt du Paic Citron pour faciliter l'enfilage des combis de plongée, nous effectuons un petit détour pour contempler en fond de cavité le méandre bien plus calme et observer d’en bas l'IPN dont nous aurions dû choir si nous ne tenions pas aussi bien l'alcool...

 Franchissement de l’IPN (photo Yannick)

  
La rivière souterraine (photo Yannick)

 Yannick, Francis, Mathieu et Dada

 

 

 Une première victime de la verveine… (photo Yannick)

Retour par le même chemin, avant de s’attaquer à l’autre partie du réseau, où Mathieu m’initie à la poignée ascensionnelle. Il fait très chaud dans cette zone, et l’humidité n’aide pas. On admire les galeries magnifiquement concrétionnées, lorsque soudain Sacha à l’audace et l’impudence de lancer une poignée de boue sur son père. Yannick, en bon pédagogue, a tôt fait de rappeler à son rejeton que cela ne se fait pas, au cours d’une séance de travaux pratique de laquelle il vallait mieux garder une distance prudente. En quelques minutes le pauvre garçon complète sa séance de sauna précédemment initiée par une véritable cure de balnéo avec enveloppement. La boue recouvre jusqu’à sa frontale qui ne lui sert plus à grand-chose. 

 

 Sacha, qui n’aurait pas dû provoquer son père…

 
 
La fin du parcours – Mathieu, Dada, Fabien et Francis (photo Yannick)

L’eau qui a envahi le conduit marque pour aujourd’hui la fin de la balade, et on s’en retourne par le même chemin. Ma propre lampe commence à clignoter, et je me rappelle que j’en avais monté la puissance afin de pouvoir correctement photographier les petites bêtes lorsque nous sommes entrés… il y a presque sept heures, et que j’ai oublié de baisser depuis. Heureusement que je n’ai pas oublié d’en prendre une autre… qui m’attend au camp de base, bien au chaud dans mon sac. 

On remballe et on se dit au revoir. J’en profite pour récupérer quelques vieilles bouteilles ainsi qu’une bougie, oubliées là par un précédent groupe de spéléo moins éco-responsables que le GSV. Il est près de 17h30 quand on regagne l’air libre et les voitures. La pluie n’est toujours pas tombée, on la croisera sur le retour. 

Une excellente journée de découverte, j’ai hâte de remettre ça ! 

 

Fabien