Affichage des articles dont le libellé est Initiation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Initiation. Afficher tous les articles

26 juil. 2026

La vengeance des Trois Mille-Pattes

Participants : Daniel, Olivier, Fabien
TPST : 5 h

J’avais initialement prévu d’appeler ça « Retour aux Trois Mille-Pattes, mais le titre était déjà pris… Il y a près de dix ans que nous vous annoncions la découverte en 2013 par le GSV d’un vaste réseau dans le Baou des Blancs, celui des Trois Mille-Pattes, devenu depuis un « classique » du groupe : on y organise même des initiations, où chacun peut mouiller le maillot (voire le déchirer…). Travaillant sur les grottes du massif, et en particulier celle des Pénitents, j’avions prévu de longue date avec l’ami Christophe une sortie lors de ses vacances en France pour découvrir l’endroit dont j’avais tant entendu parler, sortie qui s’est finalement transformée en un inventaire biospéléologique du Craignos, et je n’osais demander à Jérôme, dont j’avais constaté la finesse des dons d’orientation quelque peu auparavant…

Mais ce n’était que partie remise : à peine dix jours plus tard, le club organisait une sortie cette fois en bonne et due forme vers la grotte mythique. Finalement, l'escapade se fera sans Christophe, contraint de passer une partie au moins de ses vacances avec sa famille et à la surface. Ni Jérôme, qui s’est fait porter pâle la veille au soir. Personne n’étant prévenu, nous n’avons pas pu prendre de disposition de secours concernant le ravitaillement (concrètement, ça veut dire qu’on n’avait rien à boire…). Anticipant l’humeur du Président, je me tiens à une distance respectueuse ce matin sur le parking où je fais la connaissance d’une nouvelle recrue par l’odeur alléché, en la personne d’Olivier, ancien spéléo souhaitant reprendre du service. Je me dis que, décidément, si c’est comme ça qu’on accueille les prospects, on est bien peu près de se développer… On discute des nouveaux trous découverts, et des perspectives de suite, et il est un peu plus de 9h quand on entreprend l’ascension du Baou, pour parvenir un peu avant 10h devant l’entrée du 157-S9. Cette fois, je suis équipé et j’ai prévu un sécateur pour m’occuper du calicotome fortement épineux au milieu du chemin qui nous avait laissé de douloureux souvenirs, à Jérôme et moi, à peine quelques semaines auparavant.


On s’équipe avant de s’enfiler à la queue-leu-leu en rampant dans l’étroite ouverture. C’est la découverte du Réseau de la Chauve-Souris, où l’on évolue à plat ventre parmi les stalagmites. Le Président nous fait la « visite touristique » : il est facile de se perdre, dans ce dédale, mais lui nous guide d’un pied sûr à travers ces méandres. Direction la Salle du Carrefour, puis celle du Théâtre : Daniel semble décidé à en mettre plein la vue à son invité et nous désigne les gours nombreux et bien alimentés, ainsi que les jolies concrétions.







Côté faune, rien de spectaculaire, les Trois Mille Pattes sont dans l’ensemble plus secs, et surtout plus profonds que les Pénitents, on n’y observe pas ce réseau de racines sur lequel se développe par ailleurs une faune si riche, même si le réseau porte bien la signature du Baou : sans surprise, on y retrouve partout, grouillant en grand nombre, ces petits Troglodites bucheti poenitens, minuscules coléoptères aveugles découverts juste à côté, dans la grotte des Pénitents, dont ils portent le nom – en réalité, ils sont présents dans à peu près tout le massif, et même si on les voit émerger de temps à autre aux Pénitents, leur véritable habitat semble constitué par le réseau d’innombrables fissures entremêlées du cœur du Baou, et j’aurais été bien embêté pour expliquer leur éventuelle absence. Olivier me fait remarquer un papillon de nuit égaré là dans les méandres des couloirs, une Noctuelle diffuse (Amphipyra effusa) déjà observée un peu plus tôt dans le massif par Jérôme. Quelques points d’eau à peu près permanents tout de même, dans lesquels j’espérais peut-être pouvoir observer quelques stygobies, c’est-à-dire des cavernicoles aquatiques (du nom du Styx, le fleuve souterrain des enfers dans la mythologie grecque), mais ce ne sera pas pour cette fois. Quelques araignées cavernicoles, et une curiosité, un minuscule champignon blanc, Hymenoscyphus fructigenus, poussant sur une coque de gland sans doute apportée là par quelque rongeur, très photogénique avec ses gouttes de rosée …




Retour à la salle du Carrefour, afin de gagner la fameuse salle du Cierge Blanc, où nous déjeunerons. Même s’il n’y a pas mis les pieds depuis plus de deux ans, le Président est comme à la maison. Il repère du premier coup d’œil un stalagmite brisé qui « n’était pas cassé la dernière fois », preuve incontestable que des importuns peu soigneux sont venus depuis foutre leurs grand pieds où il ne fallait pas. Il court inspecter le Cierge Blanc, heureusement intact, même si, d’après ses dires, il a quelque peu perdu de sa blancheur éclatante au fil du temps. Il reste là un bon moment, en contemplation, comme s’il se recueillait… Si l’on pouvait savoir ce qui passe par la tête du digne ancêtre à ce moment-là… Peut-être se remémore-t-il les émotions qui ont accompagné ces découvertes, il y a maintenant treize ans… Ou peut-être songe-t-il simplement qu’il n’y aura pas de pinard à midi, et qu’on va devoir avaler le jambon beurre à sec…

Le casse-croûte est rapidement avalé, forcément. On mâche bien, on parle peu. Dernier petit tour de la salle, où Dada nous montre quand même la Gueule du Loup, et puis c’est le retour. Nous échangeons un regard, avec Olivier : nous réalisons lui comme moi que nous n’avons aucune idée de la direction à prendre, et que sans lui pour nous guider nous serions bel et bien perdus… La fin comme le début s’effectue en reptation dans le réseau de la Chauve-Souris, et c’est finalement la lumière du jour. Il est à peu près 15h.


Finalement, on ne s’en est pas trop mal tirés, et Olivier, conquis, reviendra même le mercredi suivant à la réunion (mais cette fois, pas fou, il a prévu son propre ravitaillement, car il a bien compris quelle bande de bras cassés nous formions). Comme quoi, les Trois Mille-Pattes, ça reste les Trois Mille-Pattes, et l’atout charme incontestable et incontesté du GSV lorsqu’il s’agit de tapiner…


Fabien









11 janv. 2026

Deux trous en un à Roquefort-Les Pins

Participants : Daniel, Francis, Jérôme, Sacha, Yannick
TPST : 5h

Hormis la rime sympa du titre (enfin je trouve...), l'idée était le dépucelage en règle de Sacha et Yannick sur le passage de fractios et de dev's; pour ce faire c'est sur son secteur de prédilection que le Président a choisi deux trous d'une trentaine de mètres de profondeur : le 105-N2 et le Racine-poignée. Cette sortie a été plusieurs fois reportée pour cause de météo pourrie, de santé branlante des postulants ou de fêtes de fin d'année plus propices aux réunions familiales qu'aux sorties entre taupes.

Pour agrémenter la partie, Jérôme a amené son dernier gadget, un détecteur de CO2 qu'il a déjà testé en intérieur, coinçé par la crève dans sa piaule, à s'asphyxier tout seul... Faut savoir profiter des occasions. Le rendez-vous est au chemin du Debram à 9h30, bien connu de tous maintenant. Bien élevé, Yannick a apporté des viennoiseries.A mon avis il souhaitait un dépucelage en douceur...

Le temps de se fêter chacun un bon millésime 2026, de s'équiper par un petit 2 ou 3° heureusement pas venté, de passer près du Racine-poignée pour vérifier si l'aire du pique-nique prévue serait propice à un rayon de soleil bienvenu, et enfin de rejoindre le 105-N2, il est déjà quasiment 11h ! Dire qu'on démarre l'année tranquillement est un euphémisme. A noter qu'à l'extérieur du trou le détecteur de CO2 gueule déjà et nous avertit donc d'une mort imminente..

Malgré tout, Dada ouvre le chemin pour équiper et conseille Sacha, désigné comme première victime pour son dépucelage. Une petite main courante sur deux mètres environ et notre jeune ami se tape le P18 avec sa dev' et son fractio. S'en suit Jérôme chargé de guider Yannick pour les manips. Pilotés de main de maître par nos vétérans, père et fils atteignent le palier précédant le P8 terminal. Je les rejoint avec le titre envié de voiture-balai. Entre-temps les deux vieux ont vérifié la teneur en CO2 du P8 et leur remontée haletante a découragé nos deux dépucelés de frais (dépucelage partiel seulement, car il leur faut repasser fractionnement et déviation dans l'autre sens). Le détecteur a atteint son niveau maximum mais je tente le coup quand même et je descend le P8 plein de CO2. Après coup, j'en déduis que nos deux vieillards n'ont pas totalement récupéré des excès de la fin d'année car, de mon coté, la manœuvre a été totalement indolore.

Yannick ne perd pas son temps et nous fait de magnifiques clichés : à les découvrir plus tard, je n'ai pas l'impression d'avoir visité les mêmes cavités, c'est bluffant  ! Je vous les mets en vrac, pas la force de les trier...
































































 

Il est quasiment 13h quand la seconde partie de l'épreuve commence : la remontée. Jérôme attaque en crachant des morceaux de poumon bouffés par le C02 suivi de Sacha qui, comme souvent, râle un bon coup, cette fois sur son baudrier mal ajusté qui le fait souffrir au niveau des roubignolles. C'est que c'est fragile, les roustons d'un ado... Après moults encouragements, conseils et efforts, la mini troupe s'extirpe du 105-N2 avant la nuit.

On prend quand même le temps de recouvrir sérieusement l'entrée du puits avec des branches pour s'éviter la découverte ultérieure de cadavres de clebs ou autres bestioles chutées accidentellement.

Retour aux abords du Racine-poignée et l'on débouche la bouteille de Lirac tant attendue : souvenez-vous, elle avait survécu à l'aven de la Baume pour cause de tire-bouchon oublié par ma pomme (mine de rien j'ai eu droit à une remarque un peu rancunière , comme quoi la mémoire ne fonctionne pas avec les capacités pulmonaires...). Curieusement, malgré l'absence de feuilles dans les arbres on n'est pas brûlés par le soleil et on profite donc de notre pitance agrémentée dudit picrate qui titre ses 15°, d'un camembert Présidentiel mais aussi d'un café bienvenu et pour finir d'un cognac réconfortant amené par Jérome qui adore aller au fond des choses. Seul Sacha qui ne boit pas (encore...) reste gelé.

Le second aven est plus court. Le puits principal est équipé d'un faux fractio plein vide (il a tout le confort moderne avec de quoi poser les pieds) que les dépucelés du matin franchissent dans les deux sens the fingers in the nose. Démarrée vers 14h30 la visite ne dure que parce que le Président réclame une collection de photos à notre expert Yannick. Du coup il est presque 17 h quand nous entamons la courte odyssée du retour dans les bois à la suite du Vénérable. Retrouvailles avec nos chères chignoles, désapage express, serrages de louches, promesses de proches revoyures et retour au bercail... encore un dimanche comme on les aime.

 

Francis
(avec les photos de Yannick)