Participants : Daniel, Jérôme, Mathieu, Francis,
Pierre, Lemmy, Yannick, Sacha, Fabien
TPST : 7h
Mathieu ayant plus ou moins récupéré ses facultés
(c’est-à-dire dans la limite de celles que lui impose son âge désormais bien
avancé), la sortie initialement prévue il y a deux semaines et reportée pour
cause d’absence du principal intéressé (quand on lui disait que c’était pas une
bonne idée de fêter son anniversaire en avance) a pu avoir lieu ce dimanche,
avec au programme la traditionnelle fondue de début d’année, ainsi que le
soufflage du nombre important de bougies du compère Mathieu. Première sortie pour
moi avec ce groupe sympathique dont j’ai fait la connaissance il y a quelques
semaines à peine. On m’a informé que la tradition voulait que le nouveau
rédigeât le fameux compte-rendu de sortie (j’ai l’impression de m’être fait
couillonner quelque part quand même…). Dont acte.
Mon GPS ayant lâchement surestimé le temps de trajet (à
croire que les gens du coin doivent stagner à 90 sur la 2 x 2 voies, pour ainsi
l’induire en erreur), c’est donc avec un peu d’avance que je parviens au lieu
de rendez-vous, rapidement rejoint par Francis, puis Yannick et Sacha, que je
n’avais pas encore eu l’occasion de rencontrer, et dont je fais ainsi la
connaissance. Chacun arrive ensuite assez rapidement, y compris notre motard en
auto de Jérôme, à peine le temps de médire de Pierre (qui devrait arriver
seulement une fois l’apéro servi…) que celui-ci nous rejoint, accompagné de
Lemmy. 10h30, tout le monde est au complet. Serrages de louche et mains aux
fesses, on est contents de se retrouver et on se prépare rapidement avant de se
mettre en route. L’occasion d’admirer la tenue flambant neuve de Petit Pierre,
on comprend que le papa, fier de son mouflet, s’est fait plaisir sur le coup.
Suite à un quiproquo, Dada n’a pas prévu de harnais pour moi. Qu’à cela ne
tienne, le Président est un homme pragmatique et d’expérience qui ne s’en
laisse pas compter pour si peu. A partir d’un vieux string, il a tôt fait de me
confectionner un équipement tout à fait convenable, et, sinon fédéral, du moins
presque règlementaire. Il y a bien une ficelle qui pend, un peu trop courte
pour être d’une quelconque utilité, et qu’il faudra que j’assujettisse au moyen
d’un nœud pour que cela ne se voit pas trop. Cela me rappelle quand, tout gamin, je montais dans la vieille 104 de mon papa, et que je devais faire
à l’antique ceinture de sécurité pétée un nœud parfaitement inutile, mais
destiné à convaincre les forces de l’ordre en cas d’éventuel contrôle… C’est
ça, le GSV, une ambiance familiale où on se sent tout de suite accueilli.

Jérôme, Mathieu, Francis et votre serviteur (photo Yannick)
Pierre avec le fiston dans sa combinaison flambant neuve
(photo Yannick)
Nous parcourons une trentaine depuis le parking avant de nous introduire
dans la fente au fond de laquelle nous
attend la grille rapidement ouverte par Dada. Avec les pluies de ces dernières
semaines, la cavité est humide, et il nous faut patauger les premiers mètres.
Fort éprouvés, et surtout assoiffés par la soixantaine de mètres parcourus, on décide de servir tout de suite l’apéro. Mathieu a
visiblement faim, et s’active immédiatement sur son caquelon, oublieux de
l’apéro au point qu’on sera obligé de le réhydrater à plusieurs reprises. Ça
frotte et ça frotte, remplissant rapidement la cavité d’une forte odeur d’ail.
Une chauve-souris ainsi dérangée par les effluves (probablement un cousin
éloigné de Dracula) se sauve en nous faisant des gestes pas sympa avec les
doigts. Désireux de ne pas reproduire les erreurs du passé, trois tire-bouchons
ont été prévus pour ce coup, et Jérôme peut dégoupiller un magnifique Muscat de
Rivesaltes. Malheureusement pour moi, suite à une vieille blessure de guerre la
consommation de blanc m’est formellement interdite par le corps médical,
et je dois donc décliner et me rabattre sur du très bon vin rouge. C’est
seulement une fois le gosier bien chemisé par le rouquin que je peux, sans risque
pour ma santé, attaquer sereinement le muscat, très bon également. La table se
recouvre rapidement de tout un assortiment de douceurs qui nous permettent de
récupérer de l’effort engagé. Mathieu demande toutes les dix minutes s’il peut
lancer la cuisson, tandis que Dada s’interroge sur ces étranges petites boules
vertes : on lui dit que ce sont des cacahuètes au wasabi, une sorte de moutarde japonaise particulièrement conseillée pour les érections défaillantes. Du coup, le Président finit le paquet...
Mathieu veille (photo Yannick)
Dada goûte au Muscat
Ma
propre contribution au buffet venant un peu plus tard, j’en profite pour jeter
un œil alentours et découvrir la cavité que je pénètre pour la première fois. Lemmy
est tout excité et suit son propre tempo, disparaissant et réapparaissant dans
chaque passage, sous l’œil attentif du papa qui se voit déjà devoir expliquer
sa disparition à madame, et décide de sortir une corde quand même par
précaution.
Mieux vaut ne pas trop lâcher Lemmy…
Je
découvre quelques bestioles qui me permettent d’initier mes nouveaux camarades
à ma passion pour la biospéologie, et j’indique à Lemmy un petit cloporte
entièrement blanc et sans yeux, qui va bien l’occuper pendant quelques minutes.
Un peu plus loin, quelques-uns de ces intéressants petits coléoptères
cavernicoles, Duvalius ochsi (dédié au biospéléologue Jean Ochs, pardon,
c’est pas moi qui fait les noms). La population de la Mescla est même assez
particulière : très rare et endémique, elle n’est connue que dans cette
seule cavité, et même de cette seule zone d’un peu moins de 20 m², proche de
l’entrée et nulle part ailleurs dans le réseau, ce qui lui a valu le doux nom
latin de janitor, « le concierge ».
Alpioniscus feneriensis,
petit cloporte cavernicole (photo Fabien)
Duvalius ochsii
« janitor », coléoptère cavernicole de la Mescla (photo Fabien)
Le
saucisson de Francis n’a pas fait long feu, et Mathieu s’active désormais sur
sa cuillère en bois pour assurer la pitance de chacun.
Mathieu s’attaque à la préparation du fromage (photo
Yannick)
L’odeur
du bon frometon imprègne le calcaire millénaire à titre d’avertissement pour les visiteurs du futur. Le caquelon se remplit rapidement de morceaux de pain, sans
qu’on visse quelqu’un perdre le sien, au point qu’on en vient à se soupçonner
mutuellement. Les bottes, fraîchement rincées à l’eau de l’entrée, n’attende
que le coup de langue du gage providentiel. La Providence est bien au
rendez-vous, car l’ample provision de pain de Francis parvient malgré tout à
apaiser la faim dévorante de chacun. Si nul n’est pris en faute, les morceaux
de pains s’accumulent pourtant rapidement dans le caquelon où il y a bientôt
plus de pain que de fromage : c'est à se demander s’il n’y a pas eu sa-botte-age ! Les vieux sont repus mais, comme il ne faut surtout pas gâcher, le jeune Sacha en pleine
croissance se sacrifie et fait un sort au reste de fondue et à la charcuterie qui va avec.
Le gâteau d’anniversaire de Mathieu prendra cette année la forme d’une
tarte aux pommes fournie par le président, sans les bougies qu’on a bien sûr oubliées. Histoire
d’amadouer mes nouveaux amis, j’ai ramené des cookies fait maison, qui
disparaissent rapidement. J’ai prévu pour les accompagner une petite bouteille
Thermos de café, mais Jérôme m’interrompt en me disant que « la sienne est
plus grosse que la mienne » et, joignant le geste à la parole, de la
sortir pour me la montrer. Cela fait beaucoup. Un peu plus, et on ne
pourrait pas finir la tarte...
Dada, Francis et Jérôme se régalent, pendant que Mathieu
veille : mais qui a fait tomber un
morceau de pain ?
Heureusement que Mathieu a tout prévu, et sort sa désormais
traditionnelle verveine à 85 degrés, qui dissipe rapidement les effets de l’alcool et nous
remet tout de suite d’aplomb pour attaquer le dessert. Jérôme débouche le
Champagne (ça reste un anniversaire), malheureusement à nouveau du blanc que je
suis obligé de décliner. Histoire tout de même de ne pas trinquer à vide
(ça ne se fait pas !), Mathieu me ressert une verveine. Du coup nous sommes prêts à affronter
le rhum arrangé au pain d'épice de ce vieux flibustier de Yannick. On achève cette belle tablée dans
la convivialité, et on dit au revoir à Pierre et Lemmy, qui nous avaient
prévenus qu’ils ne pourraient pas rester trop longtemps.
Il est temps de dépenser le surplus de calories
ingurgitées en faisant un minimum d’exercice, il est grand temps de payer une
visite à cette vieille dame de la Mescla, que beaucoup connaissent déjà bien,
et que d’autres comme moi découvrent pour la première fois. Direction l’ouest,
pour aller voir la rivière souterraine. Le réseau déjà équipé est facile, et à
la portée du novice que je suis. Je m’habitue rapidement à longer / délonger,
et, moyennant une virole un peu récalcitrante, je suis le groupe sur les traces
de Dada, accompagné de Francis et Jérôme qui ferme la marche. En dépit des mises en garde, le franchissement de l’IPN s’effectue sans incident, et l’on
parvient rapidement au bord de l’échelle qui s’enfonce dans l’eau profonde et
agitée d’un courant rapide. Le temps de lire les plaques commémoratives des
deux plongeurs qui ont autrefois perdu la vie dans le siphon, et de philosopher
sur l’intérêt du Paic Citron pour faciliter l'enfilage des combis de plongée, nous effectuons un petit détour pour contempler en fond de cavité
le méandre bien plus calme et observer d’en bas l'IPN dont nous aurions dû choir si nous ne tenions pas aussi bien l'alcool...
Franchissement de l’IPN (photo Yannick)
La rivière souterraine (photo Yannick)
Yannick, Francis, Mathieu et Dada

Une première victime de la verveine… (photo Yannick)
Retour
par le même chemin, avant de s’attaquer à l’autre partie du réseau, où Mathieu
m’initie à la poignée ascensionnelle. Il fait très chaud dans cette zone, et
l’humidité n’aide pas. On admire les galeries magnifiquement concrétionnées, lorsque soudain Sacha à l’audace et l’impudence de lancer une poignée de boue sur son père. Yannick, en bon pédagogue, a tôt fait de
rappeler à son rejeton que cela ne se fait pas, au cours d’une séance de travaux
pratique de laquelle il vallait mieux garder une distance prudente. En quelques
minutes le pauvre garçon complète sa séance de sauna précédemment initiée par
une véritable cure de balnéo avec enveloppement. La boue recouvre jusqu’à sa
frontale qui ne lui sert plus à grand-chose.
Sacha, qui n’aurait pas dû provoquer son père…

La fin du parcours – Mathieu, Dada, Fabien et Francis
(photo Yannick)
L’eau qui a envahi le conduit marque pour aujourd’hui la fin
de la balade, et on s’en retourne par le même chemin. Ma propre lampe commence
à clignoter, et je me rappelle que j’en avais monté la puissance afin de
pouvoir correctement photographier les petites bêtes lorsque nous sommes
entrés… il y a presque sept heures, et que j’ai oublié de baisser depuis.
Heureusement que je n’ai pas oublié d’en prendre une autre… qui m’attend au camp de base, bien au chaud dans mon sac.
On remballe et on se dit au
revoir. J’en profite pour récupérer quelques vieilles bouteilles ainsi qu’une
bougie, oubliées là par un précédent groupe de spéléo moins éco-responsables que le GSV. Il
est près de 17h30 quand on regagne l’air libre et les voitures. La pluie n’est
toujours pas tombée, on la croisera sur le retour.
Une excellente journée de
découverte, j’ai hâte de remettre ça !
Fabien