8 févr. 2026

Fondue savoyarde 2026 à la Mescla

Participants : Daniel, Jérôme, Mathieu, Francis, Pierre, Lemmy, Yannick, Sacha, Fabien
TPST : 7h
 

Mathieu ayant plus ou moins récupéré ses facultés (c’est-à-dire dans la limite de celles que lui impose son âge désormais bien avancé), la sortie initialement prévue il y a deux semaines et reportée pour cause d’absence du principal intéressé (quand on lui disait que c’était pas une bonne idée de fêter son anniversaire en avance) a pu avoir lieu ce dimanche, avec au programme la traditionnelle fondue de début d’année, ainsi que le soufflage du nombre important de bougies du compère Mathieu. Première sortie pour moi avec ce groupe sympathique dont j’ai fait la connaissance il y a quelques semaines à peine. On m’a informé que la tradition voulait que le nouveau rédigeât le fameux compte-rendu de sortie (j’ai l’impression de m’être fait couillonner quelque part quand même…). Dont acte.

Mon GPS ayant lâchement surestimé le temps de trajet (à croire que les gens du coin doivent stagner à 90 sur la 2 x 2 voies, pour ainsi l’induire en erreur), c’est donc avec un peu d’avance que je parviens au lieu de rendez-vous, rapidement rejoint par Francis, puis Yannick et Sacha, que je n’avais pas encore eu l’occasion de rencontrer, et dont je fais ainsi la connaissance. Chacun arrive ensuite assez rapidement, y compris notre motard en auto de Jérôme, à peine le temps de médire de Pierre (qui devrait arriver seulement une fois l’apéro servi…) que celui-ci nous rejoint, accompagné de Lemmy. 10h30, tout le monde est au complet. Serrages de louche et mains aux fesses, on est contents de se retrouver et on se prépare rapidement avant de se mettre en route. L’occasion d’admirer la tenue flambant neuve de Petit Pierre, on comprend que le papa, fier de son mouflet, s’est fait plaisir sur le coup. Suite à un quiproquo, Dada n’a pas prévu de harnais pour moi. Qu’à cela ne tienne, le Président est un homme pragmatique et d’expérience qui ne s’en laisse pas compter pour si peu. A partir d’un vieux string, il a tôt fait de me confectionner un équipement tout à fait convenable, et, sinon fédéral, du moins presque règlementaire. Il y a bien une ficelle qui pend, un peu trop courte pour être d’une quelconque utilité, et qu’il faudra que j’assujettisse au moyen d’un nœud pour que cela ne se voit pas trop. Cela me rappelle quand, tout gamin, je montais dans la vieille 104 de mon papa, et que je devais faire à l’antique ceinture de sécurité pétée un nœud parfaitement inutile, mais destiné à convaincre les forces de l’ordre en cas d’éventuel contrôle… C’est ça, le GSV, une ambiance familiale où on se sent tout de suite accueilli.

 
 Jérôme, Mathieu, Francis et votre serviteur (photo Yannick)

 
Pierre avec le fiston dans sa combinaison flambant neuve (photo Yannick)

 

 

  

Nous parcourons une trentaine depuis le parking avant de nous introduire dans la fente au fond de laquelle nous attend la grille rapidement ouverte par Dada. Avec les pluies de ces dernières semaines, la cavité est humide, et il nous faut patauger les premiers mètres. Fort éprouvés, et surtout assoiffés par la soixantaine de mètres parcourus, on décide de servir tout de suite l’apéro. Mathieu a visiblement faim, et s’active immédiatement sur son caquelon, oublieux de l’apéro au point qu’on sera obligé de le réhydrater à plusieurs reprises. Ça frotte et ça frotte, remplissant rapidement la cavité d’une forte odeur d’ail. Une chauve-souris ainsi dérangée par les effluves (probablement un cousin éloigné de Dracula) se sauve en nous faisant des gestes pas sympa avec les doigts. Désireux de ne pas reproduire les erreurs du passé, trois tire-bouchons ont été prévus pour ce coup, et Jérôme peut dégoupiller un magnifique Muscat de Rivesaltes. Malheureusement pour moi, suite à une vieille blessure de guerre la consommation de blanc m’est formellement interdite par le corps médical, et je dois donc décliner et me rabattre sur du très bon vin rouge. C’est seulement une fois le gosier bien chemisé par le rouquin que je peux, sans risque pour ma santé, attaquer sereinement le muscat, très bon également. La table se recouvre rapidement de tout un assortiment de douceurs qui nous permettent de récupérer de l’effort engagé. Mathieu demande toutes les dix minutes s’il peut lancer la cuisson, tandis que Dada s’interroge sur ces étranges petites boules vertes : on lui dit que ce sont des cacahuètes au wasabi, une sorte de moutarde japonaise particulièrement conseillée pour les érections défaillantes. Du coup, le Président finit le paquet...

Mathieu veille (photo Yannick)

 Dada goûte au Muscat

Ma propre contribution au buffet venant un peu plus tard, j’en profite pour jeter un œil alentours et découvrir la cavité que je pénètre pour la première fois. Lemmy est tout excité et suit son propre tempo, disparaissant et réapparaissant dans chaque passage, sous l’œil attentif du papa qui se voit déjà devoir expliquer sa disparition à madame, et décide de sortir une corde quand même par précaution. 

Mieux vaut ne pas trop lâcher Lemmy…

 Je découvre quelques bestioles qui me permettent d’initier mes nouveaux camarades à ma passion pour la biospéologie, et j’indique à Lemmy un petit cloporte entièrement blanc et sans yeux, qui va bien l’occuper pendant quelques minutes. Un peu plus loin, quelques-uns de ces intéressants petits coléoptères cavernicoles, Duvalius ochsi (dédié au biospéléologue Jean Ochs, pardon, c’est pas moi qui fait les noms). La population de la Mescla est même assez particulière : très rare et endémique, elle n’est connue que dans cette seule cavité, et même de cette seule zone d’un peu moins de 20 m², proche de l’entrée et nulle part ailleurs dans le réseau, ce qui lui a valu le doux nom latin de janitor, « le concierge ».

 Alpioniscus feneriensis, petit cloporte cavernicole  (photo Fabien)

 Duvalius ochsii « janitor », coléoptère cavernicole de la Mescla (photo Fabien)

Le saucisson de Francis n’a pas fait long feu, et Mathieu s’active désormais sur sa cuillère en bois pour assurer la pitance de chacun. 

 Mathieu s’attaque à la préparation du fromage (photo Yannick) 

L’odeur du bon frometon imprègne le calcaire millénaire à titre d’avertissement pour les visiteurs du futur. Le caquelon se remplit rapidement de morceaux de pain, sans qu’on visse quelqu’un perdre le sien, au point qu’on en vient à se soupçonner mutuellement. Les bottes, fraîchement rincées à l’eau de l’entrée, n’attende que le coup de langue du gage providentiel. La Providence est bien au rendez-vous, car l’ample provision de pain de Francis parvient malgré tout à apaiser la faim dévorante de chacun. Si nul n’est pris en faute, les morceaux de pains s’accumulent pourtant rapidement dans le caquelon où il y a bientôt plus de pain que de fromage : c'est à se demander s’il n’y a pas eu sa-botte-age ! Les vieux sont repus mais, comme il ne faut surtout pas gâcher, le jeune Sacha en pleine croissance se sacrifie et fait un sort au reste de fondue et à la charcuterie qui va avec. 

Le gâteau d’anniversaire de Mathieu prendra cette année la forme d’une tarte aux pommes fournie par le président, sans les bougies qu’on a bien sûr oubliées. Histoire d’amadouer mes nouveaux amis, j’ai ramené des cookies fait maison, qui disparaissent rapidement. J’ai prévu pour les accompagner une petite bouteille Thermos de café, mais Jérôme m’interrompt en me disant que « la sienne est plus grosse que la mienne » et, joignant le geste à la parole, de la sortir pour me la montrer. Cela fait beaucoup. Un peu plus, et on ne pourrait pas finir la tarte...

Dada, Francis et Jérôme se régalent, pendant que Mathieu veille : mais qui a fait tomber un morceau de pain ?

Heureusement que Mathieu a tout prévu, et sort sa désormais traditionnelle verveine à 85 degrés, qui dissipe rapidement les effets de l’alcool et nous remet tout de suite d’aplomb pour attaquer le dessert. Jérôme débouche le Champagne (ça reste un anniversaire), malheureusement à nouveau du blanc que je suis obligé de décliner. Histoire tout de même de ne pas trinquer à vide (ça ne se fait pas !), Mathieu me ressert une verveine. Du coup nous sommes prêts à affronter le rhum arrangé au pain d'épice de ce vieux flibustier de Yannick. On achève cette belle tablée dans la convivialité, et on dit au revoir à Pierre et Lemmy, qui nous avaient prévenus qu’ils ne pourraient pas rester trop longtemps.

Il est temps de dépenser le surplus de calories ingurgitées en faisant un minimum d’exercice, il est grand temps de payer une visite à cette vieille dame de la Mescla, que beaucoup connaissent déjà bien, et que d’autres comme moi découvrent pour la première fois. Direction l’ouest, pour aller voir la rivière souterraine. Le réseau déjà équipé est facile, et à la portée du novice que je suis. Je m’habitue rapidement à longer / délonger, et, moyennant une virole un peu récalcitrante, je suis le groupe sur les traces de Dada, accompagné de Francis et Jérôme qui ferme la marche. En dépit des mises en garde, le franchissement de l’IPN s’effectue sans incident, et l’on parvient rapidement au bord de l’échelle qui s’enfonce dans l’eau profonde et agitée d’un courant rapide. Le temps de lire les plaques commémoratives des deux plongeurs qui ont autrefois perdu la vie dans le siphon, et de philosopher sur l’intérêt du Paic Citron pour faciliter l'enfilage des combis de plongée, nous effectuons un petit détour pour contempler en fond de cavité le méandre bien plus calme et observer d’en bas l'IPN dont nous aurions dû choir si nous ne tenions pas aussi bien l'alcool...

 Franchissement de l’IPN (photo Yannick)

  
La rivière souterraine (photo Yannick)

 Yannick, Francis, Mathieu et Dada

 

 

 Une première victime de la verveine… (photo Yannick)

Retour par le même chemin, avant de s’attaquer à l’autre partie du réseau, où Mathieu m’initie à la poignée ascensionnelle. Il fait très chaud dans cette zone, et l’humidité n’aide pas. On admire les galeries magnifiquement concrétionnées, lorsque soudain Sacha à l’audace et l’impudence de lancer une poignée de boue sur son père. Yannick, en bon pédagogue, a tôt fait de rappeler à son rejeton que cela ne se fait pas, au cours d’une séance de travaux pratique de laquelle il vallait mieux garder une distance prudente. En quelques minutes le pauvre garçon complète sa séance de sauna précédemment initiée par une véritable cure de balnéo avec enveloppement. La boue recouvre jusqu’à sa frontale qui ne lui sert plus à grand-chose. 

 

 Sacha, qui n’aurait pas dû provoquer son père…

 
 
La fin du parcours – Mathieu, Dada, Fabien et Francis (photo Yannick)

L’eau qui a envahi le conduit marque pour aujourd’hui la fin de la balade, et on s’en retourne par le même chemin. Ma propre lampe commence à clignoter, et je me rappelle que j’en avais monté la puissance afin de pouvoir correctement photographier les petites bêtes lorsque nous sommes entrés… il y a presque sept heures, et que j’ai oublié de baisser depuis. Heureusement que je n’ai pas oublié d’en prendre une autre… qui m’attend au camp de base, bien au chaud dans mon sac. 

On remballe et on se dit au revoir. J’en profite pour récupérer quelques vieilles bouteilles ainsi qu’une bougie, oubliées là par un précédent groupe de spéléo moins éco-responsables que le GSV. Il est près de 17h30 quand on regagne l’air libre et les voitures. La pluie n’est toujours pas tombée, on la croisera sur le retour. 

Une excellente journée de découverte, j’ai hâte de remettre ça ! 

 

Fabien 


      

 

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