16 août 2026

Aven Fuca

Participants : Daniel, Jérome, Francis
TPST : 2h40

En août, les effectifs du GSV se réduisent comme peau de chagrin. Comme personne ne se manifestait pour une sortie dominicale, j'ai chougné le vendredi soir sur le fil Whatsapp du club : "qui a envie d'une escapade anti-glandage, plutôt orientée "puits" pour changer des beuveries habituelles ?". Silence assourdissant des membres en vacances. Seul Jérôme répond et fait l'interface avec Dada, allergique à l'informatique et donc non connecté : "Mon petit Francis je vais voir avec El Presidente s'il a une idée. Après l'intoxication CO2 au Lapin, ça nous décrassera les bronches !". Pris au dépourvu, le Vénérable réfléchit un petit quart d'heure puis nous propose un inédit au GSV : l'aven Fuca ! Ce trou du massif de l'Audibergue, perdu dans les bois, affiche moins 80 à 90 mètres et fut d'abord exploré par le club de Vallauris, puis l'Aven Club de Grasse avant d'être repris il y a peu par le Garagahl et le Martel pour des travaux au fond. Il est entièrement équipé donc, comme le disait la pub des années 80 pour les dragées du même nom : "Fuca, yapluka !". 





 L'idée n'est donc pas de se faire chier mais de découvrir cette cavité et de voir l'avancement du chantier de nos confrères.

Rencard est donné à 9h sur le grand parking de la station de l'Audibergue. Comme souvent, le TSV (Trio Spéléologique de Vence) est en avance et on démarre tranquille avec un café au bar. Dixit le Président, il faut 20 minutes de marche pour atteindre l'objectif; sauf que Dada n'a pas mis les pieds dans le coin depuis quelques semaines, se goure de piste, et cela se transforme en 35 mn de balade dans les bois avec le barda. Le temps de s'équiper et il est 10 heures lorsqu'on commence à descendre; bien espacés les uns des autres car il pleut vite des cailloux : situé dans un vallon qui voit visiblement passer pas mal de flotte il s'agit en fait d'un embut à éviter en cas d'orage.

Un P10, un méandre bien humide plus une succession de ressauts et beaux puits de 10 et 15 mètres : on atteint vite fait le fond. Malgré un équipement à l'économie fait de cordes un peu courtes dont une avec un nœud en plein milieu, des sorties de puits parfois étroites et un passage un poil acrobatique avec une vire molle à l'horizontale, il n'y a rien de bien méchant. Cet aven porte assez mal son nom en fait : le transit est bon et il ne tache pas trop le fond des combis !

Jérôme, qui aime de plus en plus son petit confort, se demande, admiratif, comment nos collègues des clubs voisins peuvent recruter des gens pour bosser au fond. Il est vrai que 2 ou 3 barreaux de plus, des cordes plus généreuses et quelques aspérités en moins rendraient la cavité bien plus accessible, notamment pour se coltiner du matos.

II n'est pas 11h30 quand on touche le fond (au GSV on a l'habitude de toucher le fond, on nous le répète assez souvent...), où les travaux n'ont pas des masses avancés d'après Dada qui l'avait visité un mois plus tôt. Le Président est déçu : on ne peut descendre plus bas vers le joli et étroit méandre qui va nécessiter un sérieux recalibrage. Décision est prise de remonter pour déjeuner en surface. Du coup Jérôme et moi, nous sommes bien emmerdés à trimballer nos kits qui, comme d'hab', s'accrochent partout, en faisant gaffe à la demi bouteille de côtes-du-rhône (nous ne sommes que trois, je rappelle...) et aux succulentes chips d une célèbre marque bretonne qui cartonne en ce moment. En même temps, sans ces kits de merde,  nous serions descendus et remontés encore plus vite.

A 12h10 nous sommes sortis et on profite de notre pitance au frais dans le vallon de Canen avec les denrées mentionnées plus haut, descendues et remontées en parfait état, le pinard étant du coup à température de cave.

Comme il est encore tôt on décide de retrouver l'aven Canen situé à proximité et quelque peu délaissé également par les spéléos. Nous retournons aux charrettes pour nous délester de l'équipement car une nouvelle promenade s'annonce, sous une bonne température et avec toujours aussi peu d'infos de localisation. Jérôme télécharge sur son téléphone des coordonnées du site participatif GrottoMap et les croise avec la carte Topo IGN : elles correspondent à peu de choses près. Le Président, qui l'a visité juste après la Libération, se rappelle qu'il y avait "des gros cailloux et des buis, à côté d'un chemin" : avec ça, on est vachement aidés. Finalement, nous trouvons l'aven très exactement de l'autre côté de la piste, à l'opposé de l'endroit pointé par GrottoMap et IGN : oubliez la tech et les applis à la noix, et misez plutôt sur un vieux président de club qui a une boussole pas trop rouillée à la place du cerveau !

Nous pointons soigneusement le trou au GPS (son marquage J3 est toujours visible) et nous nous promettons d'y descendre une autre fois,

Cette sympathique sortie spéléo/rando se termine vers 15h30.


Francis




9 août 2026

Lapin carbonique

Participants : Daniel, Denis, Francis, Jérôme, Olivier
TPST : Fissa

Olivier, non content de faire tomber la moyenne d'âge du club, traîne un lourd passé de spéléologue et d'escaladeur. Amateur de boissons alcoolisées diverses et variées, il a naturellement frappé à la porte du GSV pour se remettre à niveau après quelques longues années d'abstinence (spéléologique). La spéléo, c'est comme le vélo sans selle, ça ne s'oublie pas ! Présent à la réunion du mercredi, notre nouvel ami était partant pour se manger une bonne longueur de corde histoire de dérouiller sa quincaillerie. Le Président proposa l'aven du Lapin, un classique dont le beau puits de 25 mètres permet toutes les remises en jambe.

Les soiffards de service répondent donc présent en ce chaud dimanche à 10 heures au chemin des Terres-Blanches. Canicule oblige, j'ai prévu un rosé glacé, et Denis nous a concocté un Hypocras maison  (vin médiéval macéré aux épices) pour lutter contre la déshydratation. Le temps de bavasser et de s'équiper il est onze heures quand nous nous introduisons dans le Lapin (ne pas confondre "s'introduire dans le Lapin" et "fourrer un lapin" : la zoophilie est prohibée au GSV). Le trou est équipé en double et j'ai avec moi mon détecteur industriel de CO2 ToxiRae Pro qui ne me quitte plus, curieux que je suis de connaître la concentration des cavités que nous visitons. Ces deux détails vont rapidement avoir leur importance.

Une fois tout le monde en bas, j'allume mon détecteur, avec la ferme intention de le faire descendre au bout d'une ficelle dans le puits au bas de la deuxième salle réputé pour son fort taux de CO2. Nous avons prévu de festoyer, comme d'habitude, dans cette deuxième salle. Je suis encore au bas du P25 quand je démarre mon appareil, lequel se met à bipper comme un fou : 30000 parties par million de CO2, soit 3% de l'atmosphère ambiante. Je subodore une couille du petit engin, mais après un autotest : même sinistre résultat. Il est vrai qu'on était légèrement essoufflé en arrivant au bas du P25, sans que cela soit justifié par la descente. Je signale à mes petits camarades qu'on est presque morts et qu'il ne faudra pas trop traîner. Le Président nous propose un petit tour rapide dans la deuxième salle dont le concrétionnement est toujours superbe. "Et puis on est là pour faire visiter à Olivier !", lequel se demande dans quoi il a fourré les pieds : et bien, dans une nappe de CO2 ! A la remorque du Président nous traversons le petit goulet direction la deuxième salle où mon détecteur trouve le moyen de grapiller 2000 ppm de plus : c'est sûr, on ne mangera pas là. Je n'ose imaginer le taux dans le puits terminal : je ferai l'expérience de la ficelle une autre fois.





Remarquer le CO2 rôdant perfidement autour des inconscients intrépides membres du GSV


La fine équipe retrouve avec soulagement les 2 cordes du P25 qui doivent faciliter une évacuation rapide de ce piège à rats. Et il y en a 3 qui montent comme des rats, tandis que je ferme la marche avec l'ami Denis, un peu plus lent. Nous grimpons de concert, chacun sur une corde et je laisse bipper mon détecteur pour le motiver. Dada lui a fourgué le fameux crolle Repetto qui a fait suer des générations de novices et visiblement Denis galère à faire coulisser le sien. J'ai beau tendre sa corde, il monte à la vitesse de la limace (je crois que c'est la première fois que je tire une limace... mais en tout bien tout honneur, hein). Nous arrivons à deux mètres sous la sortie et le Toxirae sonne toujours en affichant 27200 ppm : le lapin est vraiment plein de CO2 jusqu'à la gueule. A 12h15 nous rejoignons les autres lâcheurs sains et saufs.

Nous ne sommes pas restés assez longtemps en bas pour ressentir les effets délétères des concentrations de gaz carbonique supérieures à 15000 ppm (problèmes respiratoires, nausées, vertiges, etc.). A titre préventif je débouche sans tarder le côte de provence rosé bien frais, puis Denis débouche à titre curatif son Hypocras maison enrichi aux plantes médicinales dont le gingembre. "Tu es sûr que ce n'est pas plutôt pour soigner les troubles de l'érection ?" lui demande Francis, passionné de médecines naturelles. "Tu parles !" explique le docteur Denis "C'est un remède multi-maux, ça soigne la bite, les poumons, l'herpès génito-facial, les fistules et bien d'autres choses encore !". Convaincus par ce brillant exposé, nous dégustons le breuvage qui s'avère être vachement bon. "Comme tu m'as attendu et que tu m'as bien tiré, je te mets un doigt de plus !" me chuchote Denis. J'aime bien quand il me met un doigt... (...de vin en plus, bande de vicelards !). Pour parfaire le traitement, Olivier fait tourner une fiole de Pisco (du Cognac Péruvien). Je crois qu'on va garder ce garçon...

Du coup, les effets du CO2 se sont dissipés et il ne reste plus qu'à dissiper les effets de l'alcool. Ce qui sera fait vers 14h30 et le retour aux voitures.


Jérôme
(avec les photos de Francis)

30 juil. 2026

Aven Roger

Participants : Christophe, Daniel, Denis, Francis, Jérôme
TPST : 5h30

L'aven Roger est un trou dans les bois de Roquefort-les-Pins sommeillant depuis des années dans une indifférence spéléologique totale. Nos amis Christophe et Denis ayant eu le vague souvenir d'y avoir fait de la désobstruction au temps de leur jeunesse, ils ont réussi à nous convaincre d'aller tirer quelques seaux au fond de cet aven actuellement profond d'une douzaine de mètres, leur intime conviction étant que la cavité désobstruée mènerait directement dans la source du Lauron, quelque part après les siphons.



Rendez-vous est donc pris pour ce matin 8h à la bifurcation des routes de Pont-du-Loup et de Roquefort. Francis et Christophe s'entassent dans la fourgonnette du Président avec le gros du matos, dont la glacière de Denis qui contient, entre autres, l'une des deux bouteilles de rosé qui seront sacrifiées lors de cette sortie (la seconde étant de mon fait). Les veinards vont se garer au départ de la piste de la Chèvre d'Or (une seule place de stationnement) tandis que Denis et moi attaquons la grimpette du GR qui rejoint ladite piste au niveau du Castellas où nous attendent déjà les trois clampins, frais comme des gardons. Puis la fine équipe se répartit les bagages direction le trou, quelques dizaines de mètres plus haut dans le sous-bois. La température reste supportable et l'aven a l'air bien frais. Dada confectionne un noeud de mickey parfaitement fédéral avec sa corde de quinze mètres puis installe la poulie-frein qui nous permettra de hisser les seaux depuis le fond. "Jérôme, file-moi ta corde que je la passe dans la poulie-frein !" injonctionne le Président. "Quelle corde ?" tombe-des-nues-je. "Ben, celle que tu devais amener" rétorque l'Invincible, agacé. "Mais tu m'a dis que tu amenais la tienne, du coup j'ai pas pris la mienne" me défends-je. Daniel ronchonne qu'il m'avait dit de l'amener quand même et que c'est quoi ce club de bras cassés, et qu'il est pas aidé et que scrogneugneu. Du coup nous ferons avec une seule corde qui servira à la fois à descendre les deux forçats au fond du trou, et après une rapide manipulation, à hisser les seaux.

Francis et moi nous portons volontaire pour la désob' matinale. Nous descendons avec burins, massettes et barre à mine. Le puits unique est plutôt concrétionné et se termine par un comblement d'argile caillouteux au milieu du quel un beau bloc de 30 kg est à moitié enfoui. Nous trouvons également deux bouts de ferrailles rouillés et deux bouteilles vides témoins des travaux menés par Robert Faivre et un certain Roger au début des années 2000. L'objectif est de dégager le bloc afin que le Président puisse, l'après-midi, y percer quelques trous au perfo pour le fragiliser et le débiter au burin. Francis et moi passons presque deux heures à excaver la glaise collante pour libérer le rocher qui finit par basculer. En haut, Dada remonte les seaux bien lourds avec la poulie-frein, encouragé par Denis et Christophe. Entretemps, le détecteur de CO2 industriel que nous avons descendu se met à couiner et affiche 15000 ppm. C'est sûr que dans l'effort, Francis et moi avons pas mal dégazé. Pour autant nous ne ressentons pas d'oppression ni de difficultés à respirer donc nous clouons le bec à la machine et atteignons midi après avoir renvoyé en surface une papardelle de seaux. Dada retransforme la corde de traction en corde de progression et nous nous retrouvons dehors, bien assoiffés avec le sentiment du devoir accompli.

Les deux quilles de rosé bien frais ne résistent pas longtemps aux gosiers arides du GSV, mis à part notre ami Christophe qui, indisposé, n'y trempera que ses grandes lèvres. Deux bouteilles à quatre, ça a tendance à rendre gai et la discussion roule naturellement sur le bon temps du service militaire où on savait vous former de solides gaillards aux techniques de saoûlographie contrôlée (Dada était en garnison à Strasbourg dans un océan de binouze et de vin blanc tandis que je végétais en Charentes, au milieu du Cognac). 



A 13h, Christophe et le Président descendent au fond. Auparavant Dada m'a expliqué comment défaire le mickey d'amarrage pour passer la corde dans la poulie-frein. Jusque-là ça va. "Et surtout évite de lâcher la corde dans le puits parce qu'on aurait pas l'air cons pour remonter" persifle le Grand Homme. Non mais il me prend pour qui ? Et bien pour ce que je suis : un handicapé du noeud ! J'arrive à peine à nouer les lacets de mes chaussures, alors les noeuds de huit, les "queues de vache" et autres noeuds de chaise me passent bien au-dessus. Du coup un doute ma bite : "Dada, qui c'est qui va refaire le Mickey quand vous voudrez remonter ?". Car il faut être clair : Francis, Denis et moi qui sommes restés en haut, constituons une véritable ADAPEI du noeud. "T'occupes, on verra plus tard" évacue le Président qui attaque déjà son bloc au perfo. Je me mets en position de traction sous la poulie-frein à la tête du puits et commence à passer les seaux à Francis posté à l'entrée du trou qui les passe à Denis au-dehors. Nous évacuons ainsi 19 seaux de roche et de glaise avant que la clameur monte du fond : "ça suffit on remonte !" suivi de "démerde-toi pour nous faire un mickey, parce que j'ai envie de chier !". On ne peut rien refuser à Dada quand il s'exprime aussi aimablement. Comme le hissage des seaux m'a aidé à éliminer le rosé, mon cerveau passe la surmultipliée et en quinze secondes montre en main, je confectionne un Canada-Dry de noeud de mickey : ça ressemble à du mickey, avec ses deux grandes oreilles, c'est presque aussi sécure qu'un mickey mais c'est pas du mickey. Inutile de me demander comment j'ai pu bidouiller ce truc (que nous n'avons pas osé photographier pour ne pas avoir de problèmes avec la Féderation Française de Spéléologie) et si j'arriverai à le refaire un jour. Toujours est-il que la corde est parfaitement centrée au milieu du puits. Je recommande à Dada de monter en premier car il pourra au moins refaire un vrai noeud de mickey pour Christophe.

Notre intrépide Président commence à grimper, et je constate avec désappointement que mon gloubi-gloulba de noeud se déporte vers l'un des deux amarrages, entraîné par le poids présidentiel. L'avantage c'est qu'il n'ira pas plus loin que l'amarrage, l'inconvénient c'est que la corde se retrouve du coup beaucoup moins bien centrée. Dada sort du puits et jette un regard admiratif à mon oeuvre qu'il interprète ainsi : "en fait tu as enquillé trois boucles qui se sont bloquées les unes les autres entre les deux "oreilles" et qui ont fait ce gros pâté de merde. Ben comme ça a tenu pour moi, ça tiendra pour Christophe !". Et le président de partir chier en catastrophe dans les bois, me laissant face à mes responsabilités d'inventeur de noeud, tenant la vie de Christophe entre mes doigts maladroits. Lequel Christophe s'en fout royalement et termine sa grimpette décentrée un peu plaqué sur l'une des parois. Il se contente juste de remarquer perfidement : "maintenant que ta merde est serrée à mort, bon courage pour la défaire...". Il est 15h30.



Résultat des courses : Dada a réussi à défaire mon noeud sans problèmes, noeud que Denis a finement baptisé "le noeud de rosé" car conçu en état de quasi-ébriété par votre serviteur. De cette belle journée à l'aven Roger il résulte que :

- l'extraordinaire épaisseur de glaise à excaver sera à réserver aux générations futures;

- le rosé glacé a toujours meilleur goût dans les bois surchauffés;

- le "noeud de mickey" peut être remplacé par une solution alternative un peu moins fédérale et qui est susceptible de provoquer un AVC chez notre référent FFS Mathieu, absent aujourd'hui pour cause de congés.


l'inventeur du "noeud de rosé"


Jérôme






26 juil. 2026

La vengeance des Trois Mille-Pattes

Participants : Daniel, Olivier, Fabien
TPST : 5 h

J’avais initialement prévu d’appeler ça « Retour aux Trois Mille-Pattes, mais le titre était déjà pris… Il y a près de dix ans que nous vous annoncions la découverte en 2013 par le GSV d’un vaste réseau dans le Baou des Blancs, celui des Trois Mille-Pattes, devenu depuis un « classique » du groupe : on y organise même des initiations, où chacun peut mouiller le maillot (voire le déchirer…). Travaillant sur les grottes du massif, et en particulier celle des Pénitents, j’avions prévu de longue date avec l’ami Christophe une sortie lors de ses vacances en France pour découvrir l’endroit dont j’avais tant entendu parler, sortie qui s’est finalement transformée en un inventaire biospéléologique du Craignos, et je n’osais demander à Jérôme, dont j’avais constaté la finesse des dons d’orientation quelque peu auparavant…

Mais ce n’était que partie remise : à peine dix jours plus tard, le club organisait une sortie cette fois en bonne et due forme vers la grotte mythique. Finalement, l'escapade se fera sans Christophe, contraint de passer une partie au moins de ses vacances avec sa famille et à la surface. Ni Jérôme, qui s’est fait porter pâle la veille au soir. Personne n’étant prévenu, nous n’avons pas pu prendre de disposition de secours concernant le ravitaillement (concrètement, ça veut dire qu’on n’avait rien à boire…). Anticipant l’humeur du Président, je me tiens à une distance respectueuse ce matin sur le parking où je fais la connaissance d’une nouvelle recrue par l’odeur alléché, en la personne d’Olivier, ancien spéléo souhaitant reprendre du service. Je me dis que, décidément, si c’est comme ça qu’on accueille les prospects, on est bien peu près de se développer… On discute des nouveaux trous découverts, et des perspectives de suite, et il est un peu plus de 9h quand on entreprend l’ascension du Baou, pour parvenir un peu avant 10h devant l’entrée du 157-S9. Cette fois, je suis équipé et j’ai prévu un sécateur pour m’occuper du calicotome fortement épineux au milieu du chemin qui nous avait laissé de douloureux souvenirs, à Jérôme et moi, à peine quelques semaines auparavant.


On s’équipe avant de s’enfiler à la queue-leu-leu en rampant dans l’étroite ouverture. C’est la découverte du Réseau de la Chauve-Souris, où l’on évolue à plat ventre parmi les stalagmites. Le Président nous fait la « visite touristique » : il est facile de se perdre, dans ce dédale, mais lui nous guide d’un pied sûr à travers ces méandres. Direction la Salle du Carrefour, puis celle du Théâtre : Daniel semble décidé à en mettre plein la vue à son invité et nous désigne les gours nombreux et bien alimentés, ainsi que les jolies concrétions.







Côté faune, rien de spectaculaire, les Trois Mille Pattes sont dans l’ensemble plus secs, et surtout plus profonds que les Pénitents, on n’y observe pas ce réseau de racines sur lequel se développe par ailleurs une faune si riche, même si le réseau porte bien la signature du Baou : sans surprise, on y retrouve partout, grouillant en grand nombre, ces petits Troglodites bucheti poenitens, minuscules coléoptères aveugles découverts juste à côté, dans la grotte des Pénitents, dont ils portent le nom – en réalité, ils sont présents dans à peu près tout le massif, et même si on les voit émerger de temps à autre aux Pénitents, leur véritable habitat semble constitué par le réseau d’innombrables fissures entremêlées du cœur du Baou, et j’aurais été bien embêté pour expliquer leur éventuelle absence. Olivier me fait remarquer un papillon de nuit égaré là dans les méandres des couloirs, une Noctuelle diffuse (Amphipyra effusa) déjà observée un peu plus tôt dans le massif par Jérôme. Quelques points d’eau à peu près permanents tout de même, dans lesquels j’espérais peut-être pouvoir observer quelques stygobies, c’est-à-dire des cavernicoles aquatiques (du nom du Styx, le fleuve souterrain des enfers dans la mythologie grecque), mais ce ne sera pas pour cette fois. Quelques araignées cavernicoles, et une curiosité, un minuscule champignon blanc, Hymenoscyphus fructigenus, poussant sur une coque de gland sans doute apportée là par quelque rongeur, très photogénique avec ses gouttes de rosée …




Retour à la salle du Carrefour, afin de gagner la fameuse salle du Cierge Blanc, où nous déjeunerons. Même s’il n’y a pas mis les pieds depuis plus de deux ans, le Président est comme à la maison. Il repère du premier coup d’œil un stalagmite brisé qui « n’était pas cassé la dernière fois », preuve incontestable que des importuns peu soigneux sont venus depuis foutre leurs grand pieds où il ne fallait pas. Il court inspecter le Cierge Blanc, heureusement intact, même si, d’après ses dires, il a quelque peu perdu de sa blancheur éclatante au fil du temps. Il reste là un bon moment, en contemplation, comme s’il se recueillait… Si l’on pouvait savoir ce qui passe par la tête du digne ancêtre à ce moment-là… Peut-être se remémore-t-il les émotions qui ont accompagné ces découvertes, il y a maintenant treize ans… Ou peut-être songe-t-il simplement qu’il n’y aura pas de pinard à midi, et qu’on va devoir avaler le jambon beurre à sec…

Le casse-croûte est rapidement avalé, forcément. On mâche bien, on parle peu. Dernier petit tour de la salle, où Dada nous montre quand même la Gueule du Loup, et puis c’est le retour. Nous échangeons un regard, avec Olivier : nous réalisons lui comme moi que nous n’avons aucune idée de la direction à prendre, et que sans lui pour nous guider nous serions bel et bien perdus… La fin comme le début s’effectue en reptation dans le réseau de la Chauve-Souris, et c’est finalement la lumière du jour. Il est à peu près 15h.


Finalement, on ne s’en est pas trop mal tirés, et Olivier, conquis, reviendra même le mercredi suivant à la réunion (mais cette fois, pas fou, il a prévu son propre ravitaillement, car il a bien compris quelle bande de bras cassés nous formions). Comme quoi, les Trois Mille-Pattes, ça reste les Trois Mille-Pattes, et l’atout charme incontestable et incontesté du GSV lorsqu’il s’agit de tapiner…


Fabien









Désobstructions illustrées juillet 2026

12/07 - Grottes du Mardaric et du Noeud de Racine

Participants : Daniel & Francis
TPST : 4h30

Objectif : visite du Mardaric et tirage de bidons au Noeud de Racine

Une fois n'est pas coutume Dada est en retard ce 12 juillet, 8h, à la Roque; mais c'est pour la bonne cause : refiler du matos à Christophe qui l'a sollicité le matin même. Au moment où je décide de repartir, je vois sa Kangoo qui descend la route comme une balle... S'en suit une ballade dans les bois puis on longe une conduite bétonnée et enfin petite grimpette jusqu'à la grotte du Noeud de Racine. On s'équipe léger (pas de ferraille) et on redescend pour une visite de la grotte du Mardaric; retour au Noeud de Racine un peu avant 9h pour une partie de désob dans le boyau dit "couloir du manganèse" je crois... Calibrage, remplissage des bidons et extraction via le raccourci (heureusement qu’il existe celui-là !) : bref, Cayenne jusqu'à midi. J'en chie grave avec mes côtes encore fragiles et mon rendement n'est pas optimum mais bon, l'important c'est de participer ... Ombre biefaisante et petite brise : le casse-croute se passe tranquille.

Reprise de désob dans l'autre boyau, pas lontemps car le ramping est bien plus long et je n'en peux plus, on n'a sorti que 4 bidons ce coup là.

Pour le etour aux voitures c'est bizarre, cela paraît beaucoup plus long... Il est encore tôt donc Dada, après un peu d'escalade, me fait découvrir les grottes cachées juste à coté : belles entrées mais pas de suites...

Et donc départ vers 15h30 de ce site, accessible uniquement les WE, avec un p'tit cadeau du pote Yannick qui passait par là et à reconnu ma charrette : une balle de ping-pong posée sur mon capot. Je me demande si je dois y voir une allusion déguisée à mes roubignolles...


16/07 - Aven-faille de la Péguière

Participants : Daniel et Francis
TPST : 8h

Objectif : avancer sur l'élargissement du passage sur l'aval de la faille

Le rendez-vous est à Roquefort-le-Colombier à 8h (pour être sûr que je ne me paume pas). Cette fois, synchro nickel, on file dans la pampa : parking devant une propriété privée rachetée par la commune et qui recèle un aven qu'on viendra voir plus tard. Après 15 mn de marche dans les bois, (il fait déjà super chaud) on arrive sur place. On met la poignée pour sécuriser la descente en désescalade des premiers mètres puis un un coup de descendeur pour les 4 suivants Encore un chouille de poignée et on atteint les -14 mètres.

Petite séance de reprise en main, avec le matos. Pour moi, après ma mésaventure à l'Yvan, c'est concentration maximale. Que voila une magnifique faille, bien poilue de racines par endroit... En bas on largue toute la quincaillerie pour pouvoir se déplacer entre les parois.

Cette fois, Dada veut progresser vers l'aval et jeter un oeil dans l'étroiture qui descend au milieu, l'amont sera pour une autre fois. Il s'enfile dans l'étroiture aval puis remonte sur 3 ou 4 m grâce a des barreaux bien disposés et une corde, également bien pratique, mais ce n'est pas bien large...  Je vais jeter un zoeil mais ne reste pas longtemps car il y a un peu de CO2 dans le coin, ou alors c'est le sentiment d'oppression entre ces parois qui me gène. j'y reviendrai un moment plus tard.

Pendant qu'il calibre, je fais quelques clichés : de belles concrétions et couleurs.... Je ne suis pas bien utile sur ce coup là car les gravats tombent directement plus bas dans la faille et il n'y a rien à déblayer.






 A part noter l'endroit qu'éclaire sa torche depuis le haut, il se trouve emmerdé de m'avoir embarqué sans pouvoir me filer de boulot. Je ne suis pas autonome comme Fred ou Christophe par exemple pour bosser de mon coté. Après la pause déjeuner à l'extérieur, Il redescend pour une courte séance pendant que j'explore un peu le coin. Comme il reste un peu de charge dans l'accu du perforateur, il en profite évidemment pour agrandir une autre ouverture située à 20m de la première.

En chemin vers les voitures, comme il est tôt, Dada en profite pour aller voir l'aven situé  dans la propriété reprise par la mairie; petit sondage à l'aide de cailloux et c'est 10 à 15 m minimum qu'il faudra explorer quand les autorisations seront acquises.

On se sépare vers 15h. Comme je me suis bien branlé sur cette séance, on convient de me faire réellement bosser le samedi suivant. 


18/07 - Avens du Papillon et de la Relique 

Participants : Daniel et Francis
TPST : entre 2 et 3h

Objectif : poursuite de la désob d'un des nouveaux trous découverts par le Président : le Papillon et quelques photos à La Relique

Le rendez-vous esr à 8h au bien connu Chemin du Debram (je n'ai même plus besoin de GPS !). En avance tous les deux, on se retrouve à 7h45 et on file de l'autre coté du Debram pour accéder plus rapidement au site. Parcours à l'aveugle sur les traces du Président qui suit ses cairns : plus que le pointage des trous c'est surtout l'enregistrement des trajets qu'il faudrait faire !

Là, au vu du tas de déblais,on constate d'emblée le boulot de dingue du Vénérable :


Impressionnante la différence de température entre l'extérieur et le petit palier à -1m50. On sort quelques bidons de cailloux. Un petit coup de calibrage pour faciliter un peu plus l'accès (à plat ventre entre deux dalles de calcaire) et nous voilà dans une bulle qui surplombe un petit puit de 4m, en gros. L'Ancien a placé des barreaux et c'est juste pour dire qu'on utilise la poignée... Surprenant le décor de ce petit aven situé juste sous le couvert végétal et quelques strates de calcaire : un couloir tortueux, concrétionné, avec une belle hauteur sous plafond  ! Et garni d'un boyau calcaire bien bouché par de la boue et gravats ,mais ventilé,  que notre estimé Président a donc décidé de déboucher. Perfo et le reste pour agrandir l'entrée du conduit qui par à 90° après 1 mètre... pas très confortable  avec sa section de 60 cm : il y a du taf en perspective...

LA taupe entre en action et j'ai bien du mal à suivre la cadence pour évacuer le volume qu'il me balance et que j'essaie de caser dans le coin jouxtant ledit boyau. Tant bien que mal j'empile les mottes avant de passer au remplissage du bidon et la dépose de l'autre coté du couloir. Stop à midi, comme d'habitude.  Pause bien méritée ma fois et pendant que je digère un peu, l'Increvable en profite pour aller couper les quelques branches qui gênaient sur le trajet...

L'idée de départ était de se taper de la désob au Papillon le matin et celle de la Relique l'après-midi mais comme à deux, cela avance pas mal il décide de continuer sur la lancée. On ira voir la Relique juste pour me montrer le site et faire quelques photos...

Recalibrage de l'entrée du boyau au perfo et burin/massette mais vers 14h30 rupture du foret qui reste coincé dans le perfo... on continue quand même la désob jusqu'à 15h.

On remballe et on migre vers la Relique et ses 2 entrées à 100m de là. Visite succincte, la poignée de photos avec les 2 entrées, le tas de déblais, le début du dédale et le tunnel entre les 2 entrées (le bidon donne l'échelle).







 Une journée bien remplie (comme les bidons) qui se termine vers pas loin de 17h. 


Francis

14 juin 2026

Reprise en main au Beaulieu

Participants : Daniel, Jérôme, Mathieu
TPST : 8h00


Empêché de spéléo verticale depuis deux mois suite à un sérieux accident à la main droite, j'ai demandé à notre ami Mathieu (référent fédéral dans tout ce qui est spéléo-secours, certificats médicaux, déclarations d'aptitude à la masturbation cavernicole, etc.) s'il ne serait pas possible de se faire un aven pas trop profond histoire de tester ma main fraîchement rééduquée. "J'ai exactement ce qu'il te faut" me répond-il, "le Beaulieu à la Moulière". Je hoquète en mon fort intérieur : l'aven Beaulieu est l'un des plus profonds des Alpes-Maritimes. "On se fait juste un petit moins 140 mètres jusqu'à l'actif, histoire de te dégourdir la paluche !" précise-t-il. Je garde un plutôt bon souvenir de ce trou (fait deux ou trois fois, mais pas jusqu'au fond) et même si je n'ai pas tâté beaucoup de corde depuis le début de l'année, je dis banco. Le Président nous accompagnera dans cette sortie post-opératoire, mais il laissera à Mathieu le soin d'équiper la collection de petits puits jusqu'à la cote moins 139.

Dada et moi covoiturons pour être à la Moulière à 9h30. Mathieu nous y rejoint à l'heure pile. Temps splendide et fraîcheur pré-caniculaire sont au rendez-vous. On s'équipe fissa et à 10h Mathieu s'enfile dans le trou. Nous trimballerons trois kits de corde. Dada, d'humeur joyeuse, nous rebat les oreilles avec sa re-découverte de l'aven en 1978 (le club de Beaulieu n'en avait exploré que 30 mètres en 1974) : lui et Gilles Charles ont enchaîné les premières jusqu'à la cote moins 300, laissant plus tard le soin aux spéléos de Beaulieu et de Grasse de pousser jusqu'à moins 450 mètres et de plonger un ou deux siphons. "Ah, c'était le bon temps des échelles métalliques et de l'acéto, nous étions jeune et vigoureux !" fanfaronne le Vénérable.

Nous descendons tranquillement le P20 d'entrée à la suite de Mathieu qui équipe très fédéralement mais à un rythme de sénateur socialiste à la retraite. Le Beaulieu n'est pas spécialement très décoré mais il présente au fil des puits et des salles d'agréables concrétionnements. A la cote moins 43 nous atteignons la tête du puits de la Vire, un P9 tout ce qui est de plus banal mais que des psychopathes ont équipé de telle sorte que la sortie soit la plus chiante possible. Effectivement, c'est lisse, étroit et bas de plafond. Tiens, je ne me souvenais pas de ce truc-là. Si je l'ai déjà remonté deux ou trois fois sans me rappeler avoir souffert c'est que ça ne doit pas être la mer à boire (ou alors que j'ai un début d'Alzheimer). Nous verrons bien au retour. Le départ de puits donne un avant-goût de ce que sera le retour et c'est tellement étroit que la lampe de mon casque accroche l'amarrage, se déclipse et va valdinguer 15 mètres plus bas. Le Président, moqueur, se propose pour aller récupérer l'engin au moyen d'une corde, engin qui éclaire toujours malgré la chute, ce qui facilite les recherches de Dada.

Nous dévalons ensuite quelques ressauts pour déboucher dans la salle de la Sirène : une concrétion immaculée d'une trentaine de centimètres de haut évoque effectivement une sirène aux longs cheveux et à la queue de poisson caractéristique. "Elle a un peu les nichons de travers" constate le Président qui est aussi critique d'art à ses heures. Une enfilade de méandres plus ou moins étroits mais dont la répétition casse les pattes nous amène à la salle du squelette ainsi nommée parce que Dada et Gilles Charles y ont trouvé des ossements de bestiole. "Vous vous êtes pas trop cassé le fion pour le nom" grince Mathieu, cet amoureux de la langue française et des appellations incontrôlées. Cette salle est la plus vaste de l'aven et invite à la pause. Ca tombe bien, il est midi. Comme il s'agit d'une sortie de reprise thérapeutique, le docteur Mathieu a proscrit l'alcool. Curieusement, même le Président ne rechigne pas à cette abstinence momentanée. Personnellement j'ai joyeusement piccolé jusque tard la veille, donc je ne ressens pas le besoin de pinard. Du coup, on graille assez rapidement et plutôt silencieusement. Y a pas à dire, l'eau de la gourde ne porte pas spécialement aux discussions égrillardes qui font d'habitude le charme des sorties arrosées du GSV. Nous descendons ensuite un P14 et un P7 qui nous conduisent à la salle du miroir ainsi nommée parce que 67 cm² des restes d'un miroir de faille brillent comme du mica. Le spéléologue des années 80 se contentait de peu... Mathieu me fait remarquer que le dernier kit de cordes est presque vide, ce qui signifie la fin prochaine de la descente. Jusqu'ici ma main droite a assuré un service tout ce qu'il y a de plus normal, ce qui est rassurant pour l'avenir. Au bas d'un P10, un passage étroit dans lequel le Président rampe à reculons en soufflant comme un phoque me coupe l'envie de descendre les derniers mètres jusqu'à la cote moins 139. "Les gars je vous attends là, j'ai eu ma dose de méandres et de chatières !" informè-je mes compagnons qui s'en tartinent le fondement et vont de l'avant. Du coup je prépare ma remontée et enfile mon bloqueur de pied. Mais un faux mouvement envoie mon jumar et ma pédale quatre mètres en-dessous au fond d'un entrelacs de roches biscornues et rébarbatives. Moi qui voulait éviter la dernière étroiture je me retrouve à chercher mon chemin dans ce chaos infernal pour récupérer ma précieuse poignée. Avec force contorsions et jurons, j'ai moi aussi fini par presque atteindre la cote moins 139, mais par un autre passage...

L'heure tourne et il est temps de remonter. Dada passe le premier avec interdiction de nous perdre (je vous avais dit que le Beaulieu est assez labyrinthique ?) et Mathieu ferme la marche en déséquipant. On se remange la séquence de méandres et d'étroitures après la salle du squelette, ce qui assèche sérieusement les forces qui me restent. Ma main proteste de façon lancinante contre les appuis répétés pour s'extraire d'endroits scabreux. Puis vient l'ascension du puits de la Vire à la sortie acrobatique. Je contemple le Président. "Tu fais comme moi et tu sors les doigts dans le nez" dit-il en faisant le grand écart, suspendu comme une chauve-souris au plafond et glissant sournoisement sur le bombé de calcite qui donne son charme à ce puits de merde. Je décide de faire à ma façon car Dada gémit et râle beaucoup trop à mon goût pour "les doigts dans le nez". Je n'ai aucun souvenir de la manière dont je me suis extirpé de ce piège à cons mais ce qui est sûr, c'est que j'y ai laissé mes dernières forces. Il reste une quarantaine de mètres jusqu'à la surface et ils vont me paraître longs, très longs. D'autant que mon bloqueur de pied chinois a décidé de se mettre en carafe. Il est 18h quand je sors exténué du trou, talonné par Mathieu frais comme un gardon. Tu parles d'une sortie de reprise dans un aven pas profond !

Mais une fois passée la mauvaise humeur ("non mais quel trou de merde ce Beaulieu, vous pouviez pas le calibrer correctement, non, bande de branquignols ? Dire qu'ils s'y sont mis à plusieurs clubs pour explorer ce truc, etc. etc.") et la fatigue, je dois reconnaître que l'exercice était salutaire et que ma main droite n'a pas eu à s'en plaindre, mis à part quelques raideurs. Tiens, à propos de raideur, il faut que je vérifie quelque chose avec ladite main droite...

Jérôme



    


12 juin 2026

Le GSV fait pénitence

Participants :  Jérôme, Fabien
TPST : 2h30


Les fonctionnaires ne foutent jamais rien, c’est bien connu (en particulier les profs). Profitant donc d’une journée d’inactivité (qui a dit « comme d’habitude » ?) c’est donc, une fois n’est pas coutume, un vendredi, et non pas un week-end, que j’amorce la montée vers le Baou, et sa fameuse grotte 157-E des Pénitents. Dans le cadre d’un projet du Groupe d’Études de Biospéléologie, la cavité a en effet été retenue pour une série d’inventaires périodiques. Le GEB, c’est un peu le grand frère du GSV : on y consomme également beaucoup d’alcool, sauf qu’en général il est plutôt réservé aux échantillons… L’objectif, c’est de choisir une cavité proche, facilement accessible en moins de 15 minutes de la maison, et présentant une certaine biodiversité, afin de pouvoir y revenir une demi-douzaine de fois par an environ et d’en noter l’évolution. La grotte des Pénitents a tout ça : lieu emblématique, avec quelques autres du département (la cascade des Ribes, le Colombier…) des pérégrinations des tous premiers biospéléologues du département au siècle dernier, comme Dollfus, Delamarre, Sainte-Claire Deville, Mistre…, elle est facilement accessible et abrite une faune abondante et intéressante, connue de longue date, localité type de certains organismes, comme le bien nommé Troglodromus bucheti poenitens, un petit coléoptère cavernicole aveugle…

Côté trajet, elle est à 12 minutes montre en main de la maison, parfaitement dans le cadre imposé par le GEB – enfin 12 minutes en voiture, parce qu’après, il faut quand même compter avec la marche d’approche, et l’ascension du Baou qui fait quand même les mollets…

J’avais convié pour l’occasion l’ami Jérôme, également disponible car ayant lui-même récemment intégré le club très fermé d’une autre espèce de branleurs notoires : les retraités. Le Jérôme n’est pas bricoleur – c’est là son moindre défaut. Ce qui ne l’empêche pas d’essayer :ce maladroit notoire avait au printemps testé la solidité de sa main au contact d'un extracteur d'air à pales bien aiguisées, ce qui l'avait tenu momentanément éloigné du milieu des cordes et de la spéléo… A peu près rétabli, il guettait la moindre occasion de remettre les pieds sous terre, et, ça tombe bien, les Pénitents ne sont pas une grotte très technique, et il m’avoue ne l’avoir jamais visitée, ce qui m’étonne, mais bon, c’est l’occasion.

Rendez-vous est donc pris à 9h au parking (quel parking ? me dit Jérôme – Ah, celui-là !, ce qui m’inquiète tout de même un peu…), avant d’attaquer gentiment la montée du Baou. Je m’étonne, chemin faisant, que le Jérôme, qui a pourtant fait quelques visites aux Trois Mille-Pattes tous proches, ne s’y soit jamais aventuré : « C’est pas ici, les Trois Mille-pattes ! » Je lui en montre l’entrée. Ah… ! (Note pour moi-même : ne jamais se laisser guider par Jérôme, surtout s’il n’y a pas une chauve-souris à proximité pour lui indiquer le chemin…) Il est 9h30 et la chaleur commence à s’installer, heureusement il fait frais sous le porche et nous commençons à nous habiller. Jérôme, qui n’a pas pu pratiquer durant sa convalescence, se régale de cette cavité à la fois facile, nouvelle pour lui, et ma foi pas dégueu. Il me fait part de son étonnement sur les concrétions qui sont toutes cassées, et je lui indique un impressionnant stalagmite rompu à peu près à mi-hauteur. C’est que l’histoire géologique de la grotte est longue et complexe, et pas entièrement karstique, mais aussi tectonique : le Baou, dont la masse nous surplombe actuellement, n’est en réalité pas d’ici, c’est une masse rocheuse apportée depuis des kilomètres au nord sous l’effet de la poussée des Alpes. A l’intérieur s’est mis en place un système karstique, sauf qu’à chaque nouveau rebond du bloc vers le sud, le karst est brisé, puis se consolide et repart de zéro. On observe bien le miroir de faille, sur lequel les nouvelles draperies commencent à se mettre en place…



Un peu de désescalade, quelques passages accroupis, du passage entre des blocs effondrés, mais déjà bien consolidés, deux belles salles, quelques concrétions, le tout sans corde ni harnais : une remise en forme tranquille et appropriée pour mon compagnon convalescent qui rappelons n’est plus tout jeune également. Côté bestioles, elles sont bien là, moins nombreuses qu’à l’accoutumée à cause sans doute de la sécheresse, qui les a fait s’enfoncer plus profondément dans la terre, mais néanmoins présentes. Je montre à Jérôme, qui s’en émerveille, l’objet de mon étude. Il s’étonne de la toute petite taille (entre 2 et 3 mm en moyenne) des animaux cavernicoles, notamment des minuscules cloportes aveugles qui vivent là – C’est souvent ce qui frappe lorsque l’on découvre le monde de la biospéologie, la taille des organismes. Jérôme filme avec sa caméra, je compte et je prends des photos (on est quand même là pour travailler un peu, à la base, même s’il n’est pas interdit d’en profiter au passage). Je profite de sa présence pour indiquer à mon camarade un minuscule mille-pattes blanchâtre s’avançant sur une racine, ressemblant à une toute petite chenille, et prolongé d’un impressionnant plumeau à l’arrière, le bien nommé Lophoproctus, dont le nom en Grec signifie tout simplement « plumes au cul » : ça ne s’invente pas ! Et on voudrait nous faire croire que les scientifiques sont des gens sérieux… Tout passe mieux en Latin ou en Grec, c’est sûr, mais tout de même… N’étant pas cité dans les rapports anciens, cette population est encore à l’étude pour vérifier s’il s’agit de la même que celle découverte à la Baume du Colombier tout proche (à Roquefort-les-Pins), Lophoproctus jeanneli, mille-pattes cavernicole aveugle endémique des Alpes-Maritimes. Jérôme me signale un papillon de nuit, dans la deuxième salle, que je prends d’abord de loin pour Apopestes spectrum¸le Spectre, une espèce courante et qui cherche fréquemment refuge dans les grottes, déjà observé ici. Bonne nouvelle, après vérification il s’agit en fait de la Noctuelle diffuse, Amphipyra effusa, espèce assez commune et assez communément observé dans les grottes, mais pas encore dans celle-ci jusqu’à présent, et donc une nouvelle donnée pour compléter l’inventaire. En tout ce sont donc 63 nouvelles données figurant 27 espèces, dont 7 nouvelles, qui viennent ainsi compléter l’inventaire déjà commencé de cette cavité.






De retour à la lumière du jour, la chaleur s’est installée, et il nous faut nous arrêter un moment sous le porche le temps de se réhabituer, et de nous réhydrater. Comme c’est moi qui invite, j’ai prévu un petit Bordeaux pour accompagner le pique-nique. Cette bouteille a une histoire, que je m’empresse de raconter à Jérôme : j’ai jadis fait l’acquisition à prix modique auprès d’un copain d’un carton à peine embouteillé d’un petit propriétaire récoltant, à faire vieillir… A l’époque, le carton rejoint ma cave, et passe de déménagement en déménagement, sans être ouvert. Retrouvé dix ans plus tard lors d’un déménagement, nous décidons, avec mon frère, d’en ouvrir une – juste pour vérifier que la marchandise n’a pas trop souffert des mauvais traitements, bien entendu. Pouah ! Quelle picrate ! Le vin, sans doute pas d’excellente qualité, a tourné, et nous ne parvenons même pas à finir nos verre, et nous débarrassons de la bouteille. Pas grave, me dis-je, vu le prix, ce n’est pas une grosse perte, mais je ne peux toutefois pas me résoudre à jeter les petites sœurs, que je garde dans un coin, en souvenir. Le temps passe et de copains de passage en copains de passage, je me retrouve tout à coup à court de vin – cela arrive même aux meilleurs. Noël arrive et nous nous retrouvons invités chez mon beau-frère, sans une bouteille à offrir, cela ne se fait pas. J’empoigne une des bouteilles, j’en prends même deux, sait-on jamais, que l’une soit buvable et l’autre non. Arrivé chez mon beau-frère, je l’en avertis et nous nous esquivons dans la cuisine pour tester le breuvage, politesse oblige, afin de ne pas manquer de respect aux autres convives. Grande surprise ! La première bouteille ouverte se révèle excellente, et après en avoir prélevé la part règlementaire, elle rejoint la table. Je ne reverrai plus jamais la deuxième. Une bouteille du carton avait mal vieilli, et, forcément, c’était celle-là que nous avions ouverte avec mon frère… Bref, je me suis retrouvé à la tête de trois bouteilles d’un excellent nectar que j’ai servi en différentes occasions, et la dernière – 2010 ! – est justement entre nos mains. Croyez-le si vous voulez, mais à l’instant où jaillit le bouchon avec un magnifique « pop ! », le téléphone de Jérôme – ça ne s’invente pas ! » sonne : c’est le Président, qui, de son repère, a entendu le bruit, et vient aux nouvelles…




Une nouvelle grotte inconnue, des concrétions, des nouvelles choses à voir et un petit rouge bien gouleyant, mon Jérôme est aux anges… Il refusera toutefois de finir la bouteille avec moi, prétextant je ne sais quelle excuse comme quoi nous ne serions que deux (ben oui… Moi aussi, je sais compter…) et m’obligera donc à la redescendre à moitié pleine (et à rédiger un rapport circonstancié pour infraction au règlement, bien sûr).


Fabien