26 juil. 2026

Désobstructions illustrées juillet 2026

12/07 - Grottes du Mardaric et du Noeud de Racine

Participants : Daniel & Francis
TPST : 4h30

Objectif : visite du Mardaric et tirage de bidons au Noeud de Racine

Une fois n'est pas coutume Dada est en retard ce 12 juillet, 8h, à la Roque; mais c'est pour la bonne cause : refiler du matos à Christophe qui l'a sollicité le matin même. Au moment où je décide de repartir, je vois sa Kangoo qui descend la route comme une balle... S'en suit une ballade dans les bois puis on longe une conduite bétonnée et enfin petite grimpette jusqu'à la grotte du Noeud de Racine. On s'équipe léger (pas de ferraille) et on redescend pour une visite de la grotte du Mardaric; retour au Noeud de Racine un peu avant 9h pour une partie de désob dans le boyau dit "couloir du manganèse" je crois... Calibrage, remplissage des bidons et extraction via le raccourci (heureusement qu’il existe celui-là !) : bref, Cayenne jusqu'à midi. J'en chie grave avec mes côtes encore fragiles et mon rendement n'est pas optimum mais bon, l'important c'est de participer ... Ombre biefaisante et petite brise : le casse-croute se passe tranquille.

Reprise de désob dans l'autre boyau, pas lontemps car le ramping est bien plus long et je n'en peux plus, on n'a sorti que 4 bidons ce coup là.

Pour le etour aux voitures c'est bizarre, cela paraît beaucoup plus long... Il est encore tôt donc Dada, après un peu d'escalade, me fait découvrir les grottes cachées juste à coté : belles entrées mais pas de suites...

Et donc départ vers 15h30 de ce site, accessible uniquement les WE, avec un p'tit cadeau du pote Yannick qui passait par là et à reconnu ma charrette : une balle de ping-pong posée sur mon capot. Je me demande si je dois y voir une allusion déguisée à mes roubignolles...


16/07 - Aven-faille de la Péguière

Participants : Daniel et Francis
TPST : 8h

Objectif : avancer sur l'élargissement du passage sur l'aval de la faille

Le rendez-vous est à Roquefort-le-Colombier à 8h (pour être sûr que je ne me paume pas). Cette fois, synchro nickel, on file dans la pampa : parking devant une propriété privée rachetée par la commune et qui recèle un aven qu'on viendra voir plus tard. Après 15 mn de marche dans les bois, (il fait déjà super chaud) on arrive sur place. On met la poignée pour sécuriser la descente en désescalade des premiers mètres puis un un coup de descendeur pour les 4 suivants Encore un chouille de poignée et on atteint les -14 mètres.

Petite séance de reprise en main, avec le matos. Pour moi, après ma mésaventure à l'Yvan, c'est concentration maximale. Que voila une magnifique faille, bien poilue de racines par endroit... En bas on largue toute la quincaillerie pour pouvoir se déplacer entre les parois.

Cette fois, Dada veut progresser vers l'aval et jeter un oeil dans l'étroiture qui descend au milieu, l'amont sera pour une autre fois. Il s'enfile dans l'étroiture aval puis remonte sur 3 ou 4 m grâce a des barreaux bien disposés et une corde, également bien pratique, mais ce n'est pas bien large...  Je vais jeter un zoeil mais ne reste pas longtemps car il y a un peu de CO2 dans le coin, ou alors c'est le sentiment d'oppression entre ces parois qui me gène. j'y reviendrai un moment plus tard.

Pendant qu'il calibre, je fais quelques clichés : de belles concrétions et couleurs.... Je ne suis pas bien utile sur ce coup là car les gravats tombent directement plus bas dans la faille et il n'y a rien à déblayer.






 A part noter l'endroit qu'éclaire sa torche depuis le haut, il se trouve emmerdé de m'avoir embarqué sans pouvoir me filer de boulot. Je ne suis pas autonome comme Fred ou Christophe par exemple pour bosser de mon coté. Après la pause déjeuner à l'extérieur, Il redescend pour une courte séance pendant que j'explore un peu le coin. Comme il reste un peu de charge dans l'accu du perforateur, il en profite évidemment pour agrandir une autre ouverture située à 20m de la première.

En chemin vers les voitures, comme il est tôt, Dada en profite pour aller voir l'aven situé  dans la propriété reprise par la mairie; petit sondage à l'aide de cailloux et c'est 10 à 15 m minimum qu'il faudra explorer quand les autorisations seront acquises.

On se sépare vers 15h. Comme je me suis bien branlé sur cette séance, on convient de me faire réellement bosser le samedi suivant. 


18/07 - Avens du Papillon et de la Relique 

Participants : Daniel et Francis
TPST : entre 2 et 3h

Objectif : poursuite de la désob d'un des nouveaux trous découverts par le Président : le Papillon et quelques photos à La Relique

Le rendez-vous esr à 8h au bien connu Chemin du Debram (je n'ai même plus besoin de GPS !). En avance tous les deux, on se retrouve à 7h45 et on file de l'autre coté du Debram pour accéder plus rapidement au site. Parcours à l'aveugle sur les traces du Président qui suit ses cairns : plus que le pointage des trous c'est surtout l'enregistrement des trajets qu'il faudrait faire !

Là, au vu du tas de déblais,on constate d'emblée le boulot de dingue du Vénérable :


Impressionnante la différence de température entre l'extérieur et le petit palier à -1m50. On sort quelques bidons de cailloux. Un petit coup de calibrage pour faciliter un peu plus l'accès (à plat ventre entre deux dalles de calcaire) et nous voilà dans une bulle qui surplombe un petit puit de 4m, en gros. L'Ancien a placé des barreaux et c'est juste pour dire qu'on utilise la poignée... Surprenant le décor de ce petit aven situé juste sous le couvert végétal et quelques strates de calcaire : un couloir tortueux, concrétionné, avec une belle hauteur sous plafond  ! Et garni d'un boyau calcaire bien bouché par de la boue et gravats ,mais ventilé,  que notre estimé Président a donc décidé de déboucher. Perfo et le reste pour agrandir l'entrée du conduit qui par à 90° après 1 mètre... pas très confortable  avec sa section de 60 cm : il y a du taf en perspective...

LA taupe entre en action et j'ai bien du mal à suivre la cadence pour évacuer le volume qu'il me balance et que j'essaie de caser dans le coin jouxtant ledit boyau. Tant bien que mal j'empile les mottes avant de passer au remplissage du bidon et la dépose de l'autre coté du couloir. Stop à midi, comme d'habitude.  Pause bien méritée ma fois et pendant que je digère un peu, l'Increvable en profite pour aller couper les quelques branches qui gênaient sur le trajet...

L'idée de départ était de se taper de la désob au Papillon le matin et celle de la Relique l'après-midi mais comme à deux, cela avance pas mal il décide de continuer sur la lancée. On ira voir la Relique juste pour me montrer le site et faire quelques photos...

Recalibrage de l'entrée du boyau au perfo et burin/massette mais vers 14h30 rupture du foret qui reste coincé dans le perfo... on continue quand même la désob jusqu'à 15h.

On remballe et on migre vers la Relique et ses 2 entrées à 100m de là. Visite succincte, la poignée de photos avec les 2 entrées, le tas de déblais, le début du dédale et le tunnel entre les 2 entrées (le bidon donne l'échelle).







 Une journée bien remplie (comme les bidons) qui se termine vers pas loin de 17h. 


Francis

14 juin 2026

Reprise en main au Beaulieu

Participants : Daniel, Jérôme, Mathieu
TPST : 8h00


Empêché de spéléo verticale depuis deux mois suite à un sérieux accident à la main droite, j'ai demandé à notre ami Mathieu (référent fédéral dans tout ce qui est spéléo-secours, certificats médicaux, déclarations d'aptitude à la masturbation cavernicole, etc.) s'il ne serait pas possible de se faire un aven pas trop profond histoire de tester ma main fraîchement rééduquée. "J'ai exactement ce qu'il te faut" me répond-il, "le Beaulieu à la Moulière". Je hoquète en mon fort intérieur : l'aven Beaulieu est l'un des plus profonds des Alpes-Maritimes. "On se fait juste un petit moins 140 mètres jusqu'à l'actif, histoire de te dégourdir la paluche !" précise-t-il. Je garde un plutôt bon souvenir de ce trou (fait deux ou trois fois, mais pas jusqu'au fond) et même si je n'ai pas tâté beaucoup de corde depuis le début de l'année, je dis banco. Le Président nous accompagnera dans cette sortie post-opératoire, mais il laissera à Mathieu le soin d'équiper la collection de petits puits jusqu'à la cote moins 139.

Dada et moi covoiturons pour être à la Moulière à 9h30. Mathieu nous y rejoint à l'heure pile. Temps splendide et fraîcheur pré-caniculaire sont au rendez-vous. On s'équipe fissa et à 10h Mathieu s'enfile dans le trou. Nous trimballerons trois kits de corde. Dada, d'humeur joyeuse, nous rebat les oreilles avec sa re-découverte de l'aven en 1978 (le club de Beaulieu n'en avait exploré que 30 mètres en 1974) : lui et Gilles Charles ont enchaîné les premières jusqu'à la cote moins 300, laissant plus tard le soin aux spéléos de Beaulieu et de Grasse de pousser jusqu'à moins 450 mètres et de plonger un ou deux siphons. "Ah, c'était le bon temps des échelles métalliques et de l'acéto, nous étions jeune et vigoureux !" fanfaronne le Vénérable.

Nous descendons tranquillement le P20 d'entrée à la suite de Mathieu qui équipe très fédéralement mais à un rythme de sénateur socialiste à la retraite. Le Beaulieu n'est pas spécialement très décoré mais il présente au fil des puits et des salles d'agréables concrétionnements. A la cote moins 43 nous atteignons la tête du puits de la Vire, un P9 tout ce qui est de plus banal mais que des psychopathes ont équipé de telle sorte que la sortie soit la plus chiante possible. Effectivement, c'est lisse, étroit et bas de plafond. Tiens, je ne me souvenais pas de ce truc-là. Si je l'ai déjà remonté deux ou trois fois sans me rappeler avoir souffert c'est que ça ne doit pas être la mer à boire (ou alors que j'ai un début d'Alzheimer). Nous verrons bien au retour. Le départ de puits donne un avant-goût de ce que sera le retour et c'est tellement étroit que la lampe de mon casque accroche l'amarrage, se déclipse et va valdinguer 15 mètres plus bas. Le Président, moqueur, se propose pour aller récupérer l'engin au moyen d'une corde, engin qui éclaire toujours malgré la chute, ce qui facilite les recherches de Dada.

Nous dévalons ensuite quelques ressauts pour déboucher dans la salle de la Sirène : une concrétion immaculée d'une trentaine de centimètres de haut évoque effectivement une sirène aux longs cheveux et à la queue de poisson caractéristique. "Elle a un peu les nichons de travers" constate le Président qui est aussi critique d'art à ses heures. Une enfilade de méandres plus ou moins étroits mais dont la répétition casse les pattes nous amène à la salle du squelette ainsi nommée parce que Dada et Gilles Charles y ont trouvé des ossements de bestiole. "Vous vous êtes pas trop cassé le fion pour le nom" grince Mathieu, cet amoureux de la langue française et des appellations incontrôlées. Cette salle est la plus vaste de l'aven et invite à la pause. Ca tombe bien, il est midi. Comme il s'agit d'une sortie de reprise thérapeutique, le docteur Mathieu a proscrit l'alcool. Curieusement, même le Président ne rechigne pas à cette abstinence momentanée. Personnellement j'ai joyeusement piccolé jusque tard la veille, donc je ne ressens pas le besoin de pinard. Du coup, on graille assez rapidement et plutôt silencieusement. Y a pas à dire, l'eau de la gourde ne porte pas spécialement aux discussions égrillardes qui font d'habitude le charme des sorties arrosées du GSV. Nous descendons ensuite un P14 et un P7 qui nous conduisent à la salle du miroir ainsi nommée parce que 67 cm² des restes d'un miroir de faille brillent comme du mica. Le spéléologue des années 80 se contentait de peu... Mathieu me fait remarquer que le dernier kit de cordes est presque vide, ce qui signifie la fin prochaine de la descente. Jusqu'ici ma main droite a assuré un service tout ce qu'il y a de plus normal, ce qui est rassurant pour l'avenir. Au bas d'un P10, un passage étroit dans lequel le Président rampe à reculons en soufflant comme un phoque me coupe l'envie de descendre les derniers mètres jusqu'à la cote moins 139. "Les gars je vous attends là, j'ai eu ma dose de méandres et de chatières !" informè-je mes compagnons qui s'en tartinent le fondement et vont de l'avant. Du coup je prépare ma remontée et enfile mon bloqueur de pied. Mais un faux mouvement envoie mon jumar et ma pédale quatre mètres en-dessous au fond d'un entrelacs de roches biscornues et rébarbatives. Moi qui voulait éviter la dernière étroiture je me retrouve à chercher mon chemin dans ce chaos infernal pour récupérer ma précieuse poignée. Avec force contorsions et jurons, j'ai moi aussi fini par presque atteindre la cote moins 139, mais par un autre passage...

L'heure tourne et il est temps de remonter. Dada passe le premier avec interdiction de nous perdre (je vous avais dit que le Beaulieu est assez labyrinthique ?) et Mathieu ferme la marche en déséquipant. On se remange la séquence de méandres et d'étroitures après la salle du squelette, ce qui assèche sérieusement les forces qui me restent. Ma main proteste de façon lancinante contre les appuis répétés pour s'extraire d'endroits scabreux. Puis vient l'ascension du puits de la Vire à la sortie acrobatique. Je contemple le Président. "Tu fais comme moi et tu sors les doigts dans le nez" dit-il en faisant le grand écart, suspendu comme une chauve-souris au plafond et glissant sournoisement sur le bombé de calcite qui donne son charme à ce puits de merde. Je décide de faire à ma façon car Dada gémit et râle beaucoup trop à mon goût pour "les doigts dans le nez". Je n'ai aucun souvenir de la manière dont je me suis extirpé de ce piège à cons mais ce qui est sûr, c'est que j'y ai laissé mes dernières forces. Il reste une quarantaine de mètres jusqu'à la surface et ils vont me paraître longs, très longs. D'autant que mon bloqueur de pied chinois a décidé de se mettre en carafe. Il est 18h quand je sors exténué du trou, talonné par Mathieu frais comme un gardon. Tu parles d'une sortie de reprise dans un aven pas profond !

Mais une fois passée la mauvaise humeur ("non mais quel trou de merde ce Beaulieu, vous pouviez pas le calibrer correctement, non, bande de branquignols ? Dire qu'ils s'y sont mis à plusieurs clubs pour explorer ce truc, etc. etc.") et la fatigue, je dois reconnaître que l'exercice était salutaire et que ma main droite n'a pas eu à s'en plaindre, mis à part quelques raideurs. Tiens, à propos de raideur, il faut que je vérifie quelque chose avec ladite main droite...

Jérôme



    


12 juin 2026

Le GSV fait pénitence

Participants :  Jérôme, Fabien
TPST : 2h30


Les fonctionnaires ne foutent jamais rien, c’est bien connu (en particulier les profs). Profitant donc d’une journée d’inactivité (qui a dit « comme d’habitude » ?) c’est donc, une fois n’est pas coutume, un vendredi, et non pas un week-end, que j’amorce la montée vers le Baou, et sa fameuse grotte 157-E des Pénitents. Dans le cadre d’un projet du Groupe d’Études de Biospéléologie, la cavité a en effet été retenue pour une série d’inventaires périodiques. Le GEB, c’est un peu le grand frère du GSV : on y consomme également beaucoup d’alcool, sauf qu’en général il est plutôt réservé aux échantillons… L’objectif, c’est de choisir une cavité proche, facilement accessible en moins de 15 minutes de la maison, et présentant une certaine biodiversité, afin de pouvoir y revenir une demi-douzaine de fois par an environ et d’en noter l’évolution. La grotte des Pénitents a tout ça : lieu emblématique, avec quelques autres du département (la cascade des Ribes, le Colombier…) des pérégrinations des tous premiers biospéléologues du département au siècle dernier, comme Dollfus, Delamarre, Sainte-Claire Deville, Mistre…, elle est facilement accessible et abrite une faune abondante et intéressante, connue de longue date, localité type de certains organismes, comme le bien nommé Troglodromus bucheti poenitens, un petit coléoptère cavernicole aveugle…

Côté trajet, elle est à 12 minutes montre en main de la maison, parfaitement dans le cadre imposé par le GEB – enfin 12 minutes en voiture, parce qu’après, il faut quand même compter avec la marche d’approche, et l’ascension du Baou qui fait quand même les mollets…

J’avais convié pour l’occasion l’ami Jérôme, également disponible car ayant lui-même récemment intégré le club très fermé d’une autre espèce de branleurs notoires : les retraités. Le Jérôme n’est pas bricoleur – c’est là son moindre défaut. Ce qui ne l’empêche pas d’essayer :ce maladroit notoire avait au printemps testé la solidité de sa main au contact d'un extracteur d'air à pales bien aiguisées, ce qui l'avait tenu momentanément éloigné du milieu des cordes et de la spéléo… A peu près rétabli, il guettait la moindre occasion de remettre les pieds sous terre, et, ça tombe bien, les Pénitents ne sont pas une grotte très technique, et il m’avoue ne l’avoir jamais visitée, ce qui m’étonne, mais bon, c’est l’occasion.

Rendez-vous est donc pris à 9h au parking (quel parking ? me dit Jérôme – Ah, celui-là !, ce qui m’inquiète tout de même un peu…), avant d’attaquer gentiment la montée du Baou. Je m’étonne, chemin faisant, que le Jérôme, qui a pourtant fait quelques visites aux Trois Mille-Pattes tous proches, ne s’y soit jamais aventuré : « C’est pas ici, les Trois Mille-pattes ! » Je lui en montre l’entrée. Ah… ! (Note pour moi-même : ne jamais se laisser guider par Jérôme, surtout s’il n’y a pas une chauve-souris à proximité pour lui indiquer le chemin…) Il est 9h30 et la chaleur commence à s’installer, heureusement il fait frais sous le porche et nous commençons à nous habiller. Jérôme, qui n’a pas pu pratiquer durant sa convalescence, se régale de cette cavité à la fois facile, nouvelle pour lui, et ma foi pas dégueu. Il me fait part de son étonnement sur les concrétions qui sont toutes cassées, et je lui indique un impressionnant stalagmite rompu à peu près à mi-hauteur. C’est que l’histoire géologique de la grotte est longue et complexe, et pas entièrement karstique, mais aussi tectonique : le Baou, dont la masse nous surplombe actuellement, n’est en réalité pas d’ici, c’est une masse rocheuse apportée depuis des kilomètres au nord sous l’effet de la poussée des Alpes. A l’intérieur s’est mis en place un système karstique, sauf qu’à chaque nouveau rebond du bloc vers le sud, le karst est brisé, puis se consolide et repart de zéro. On observe bien le miroir de faille, sur lequel les nouvelles draperies commencent à se mettre en place…



Un peu de désescalade, quelques passages accroupis, du passage entre des blocs effondrés, mais déjà bien consolidés, deux belles salles, quelques concrétions, le tout sans corde ni harnais : une remise en forme tranquille et appropriée pour mon compagnon convalescent qui rappelons n’est plus tout jeune également. Côté bestioles, elles sont bien là, moins nombreuses qu’à l’accoutumée à cause sans doute de la sécheresse, qui les a fait s’enfoncer plus profondément dans la terre, mais néanmoins présentes. Je montre à Jérôme, qui s’en émerveille, l’objet de mon étude. Il s’étonne de la toute petite taille (entre 2 et 3 mm en moyenne) des animaux cavernicoles, notamment des minuscules cloportes aveugles qui vivent là – C’est souvent ce qui frappe lorsque l’on découvre le monde de la biospéologie, la taille des organismes. Jérôme filme avec sa caméra, je compte et je prends des photos (on est quand même là pour travailler un peu, à la base, même s’il n’est pas interdit d’en profiter au passage). Je profite de sa présence pour indiquer à mon camarade un minuscule mille-pattes blanchâtre s’avançant sur une racine, ressemblant à une toute petite chenille, et prolongé d’un impressionnant plumeau à l’arrière, le bien nommé Lophoproctus, dont le nom en Grec signifie tout simplement « plumes au cul » : ça ne s’invente pas ! Et on voudrait nous faire croire que les scientifiques sont des gens sérieux… Tout passe mieux en Latin ou en Grec, c’est sûr, mais tout de même… N’étant pas cité dans les rapports anciens, cette population est encore à l’étude pour vérifier s’il s’agit de la même que celle découverte à la Baume du Colombier tout proche (à Roquefort-les-Pins), Lophoproctus jeanneli, mille-pattes cavernicole aveugle endémique des Alpes-Maritimes. Jérôme me signale un papillon de nuit, dans la deuxième salle, que je prends d’abord de loin pour Apopestes spectrum¸le Spectre, une espèce courante et qui cherche fréquemment refuge dans les grottes, déjà observé ici. Bonne nouvelle, après vérification il s’agit en fait de la Noctuelle diffuse, Amphipyra effusa, espèce assez commune et assez communément observé dans les grottes, mais pas encore dans celle-ci jusqu’à présent, et donc une nouvelle donnée pour compléter l’inventaire. En tout ce sont donc 63 nouvelles données figurant 27 espèces, dont 7 nouvelles, qui viennent ainsi compléter l’inventaire déjà commencé de cette cavité.






De retour à la lumière du jour, la chaleur s’est installée, et il nous faut nous arrêter un moment sous le porche le temps de se réhabituer, et de nous réhydrater. Comme c’est moi qui invite, j’ai prévu un petit Bordeaux pour accompagner le pique-nique. Cette bouteille a une histoire, que je m’empresse de raconter à Jérôme : j’ai jadis fait l’acquisition à prix modique auprès d’un copain d’un carton à peine embouteillé d’un petit propriétaire récoltant, à faire vieillir… A l’époque, le carton rejoint ma cave, et passe de déménagement en déménagement, sans être ouvert. Retrouvé dix ans plus tard lors d’un déménagement, nous décidons, avec mon frère, d’en ouvrir une – juste pour vérifier que la marchandise n’a pas trop souffert des mauvais traitements, bien entendu. Pouah ! Quelle picrate ! Le vin, sans doute pas d’excellente qualité, a tourné, et nous ne parvenons même pas à finir nos verre, et nous débarrassons de la bouteille. Pas grave, me dis-je, vu le prix, ce n’est pas une grosse perte, mais je ne peux toutefois pas me résoudre à jeter les petites sœurs, que je garde dans un coin, en souvenir. Le temps passe et de copains de passage en copains de passage, je me retrouve tout à coup à court de vin – cela arrive même aux meilleurs. Noël arrive et nous nous retrouvons invités chez mon beau-frère, sans une bouteille à offrir, cela ne se fait pas. J’empoigne une des bouteilles, j’en prends même deux, sait-on jamais, que l’une soit buvable et l’autre non. Arrivé chez mon beau-frère, je l’en avertis et nous nous esquivons dans la cuisine pour tester le breuvage, politesse oblige, afin de ne pas manquer de respect aux autres convives. Grande surprise ! La première bouteille ouverte se révèle excellente, et après en avoir prélevé la part règlementaire, elle rejoint la table. Je ne reverrai plus jamais la deuxième. Une bouteille du carton avait mal vieilli, et, forcément, c’était celle-là que nous avions ouverte avec mon frère… Bref, je me suis retrouvé à la tête de trois bouteilles d’un excellent nectar que j’ai servi en différentes occasions, et la dernière – 2010 ! – est justement entre nos mains. Croyez-le si vous voulez, mais à l’instant où jaillit le bouchon avec un magnifique « pop ! », le téléphone de Jérôme – ça ne s’invente pas ! » sonne : c’est le Président, qui, de son repère, a entendu le bruit, et vient aux nouvelles…




Une nouvelle grotte inconnue, des concrétions, des nouvelles choses à voir et un petit rouge bien gouleyant, mon Jérôme est aux anges… Il refusera toutefois de finir la bouteille avec moi, prétextant je ne sais quelle excuse comme quoi nous ne serions que deux (ben oui… Moi aussi, je sais compter…) et m’obligera donc à la redescendre à moitié pleine (et à rédiger un rapport circonstancié pour infraction au règlement, bien sûr).


Fabien









12 avr. 2026

Petit Agneau Pascal

Participants : Daniel, Alexei, Yannick, Sacha , Francis

TPST : c'est relatif, 5h30 pour le Président entré le 1er et sorti le dernier et une moyenne de 4h pour les autres


Respectueux des traditions, le GSV fête Pâques un peu en décalage avec une sortie à l'aven du Petit Agneau; N'étant pas des séminaristes convaincus il faut préciser que l'objectif était surtout de parfaire l'expérience de Yannick et de son fiston qui s'excluent souvent de sorties un poil techniques. Nous comptions sur Notre Petit Jérôme pour les coacher mais cet éminent bricoleur du dimanche ayant, la veille, bien bousillé sa dextre en tripotant un ventilo (il sait bien pourtant qu'il y a mieux à faire avec une main droite), c'est donc à 5 et non 6 que la partie va se jouer.

Le rencard est à 9h30 dans les bois de Saint-Vallier au milieu de nulle part (encore merci au pointage GPS de Jérôme dont le smartphone est bien moins dangereux qu'un ventilateur heureusement !). Déja arrivés ? Que nenni, on redémarre les voitures et on suit comme on peut le Président sur les pistes cabossées à travers le plateau. Entre 2 grincements j'appréhende le bruit annonciateur de l'élément qui lâchera sous ma voiture à force de cahots; amortisseurs et pneus se vengeront un de ces jours, c'est sûr ! Un kilomètre selon le Vénérable et 2.2 mesurés par Alexei, pour ma part j'ai eu l'impression de faire 5 bornes…

On s'équipe vite fait et on se tape l'incroyable marche d'approche de 5 minutes sous les phares réprobateurs de nos chignoles. Ensuite on fait bien gaffe à la manœuvre pour dégager le grooos caillou posé en équilibre sur du branchage à l'entrée du trou. C'est qu'il serait capable de choir et de bloquer le passage ce machin ! Dada entame la descente pour équiper, suivi un moment après par Alexei, un autre explorateur tout-terrain, chargé de veiller sur le jeune Sacha pour la descente du P25, notamment les 3 premiers mètres plutôt étroits (mais à la descente ça va toujours mieux, on le sait…).



Yannick suit son fiston et je fais la voiture-balai comme souvent, après avoir échangé quelques mots avec des promeneurs tout étonnés. Yannick s'inquiète, à raison, des craquements issus du fondement de sa combinaison (un bleu de travail à peine renforcé). Qu'il est beau ce P25 ! En bas, un joli palier nanti d'un balcon superbe est accessible grâce à une main courante installée par le Président (il a eu largement le temps...). On le visitera au retour car on a un peu glandé. S'en suit un P12 et un P10 avec pour seule difficulté un fractio doté d'une plaquette branlante, donc à ménager autant que faire se peut… Yannick ne sait plus où donner de l'objectif parmi les magnifiques concrétions qui nous entourent.

































Malgré l'heure tardive on décide de laisser nos kits avant le P10 et d'y revenir pour déjeuner, l'endroit étant sec et confortable. Un dernier coup de descendeur et nous voilà presque au fond, plantés dans une boue à y laisser ses bottes, contemplant de loin la suite quasi inaccessible dans toute cette bouillaque; d'autant que les appuis sont rares si l'on ne veut pas détruire les magnifiques concrétions de l'endroit. L'oeil égrillard, Yannick me sussure que le splatch splatch  de nos mouvements dans la boue lui rappelle l'une de ses ex (le G de GSV veut aussi dire "Gaudriole"). On grattouille nos bottes comme on peut pour éviter de trop pourrir les cordes et le matos à la remontée. Direction la tête du P10 où l'on retrouve un Sacha tout chafouin qui râle après son baudrier tchécoslovaque qui lui cisaille les roupettes : un réglage à faire peut-être ? Yannick nous confirme qu'il a bien bien explosé le fond de son bleu et donc n'ose pas s'assoir pour manger de peur de prendre l'humidité par le bas; son fiston n'est guère mieux et ils forment donc la paire qui déjeune debout, avec un courant d'air dans l'oignon. En panne de pinard (si, si, ça arrive, je n'ai qu'une 1/2 bouteille à ouvrir) et Yannick ayant oublié son rhum arrangé surprise, on déjeune donc sobrement. Sans Jérôme pour veiller à l'approvisionnement (le règlement intérieur du club préconise une demie bouteille de rouge par personne au minimum), le GSV partirait vite à la dérive. Alexei, qui se caille sérieusement les meules, entame la remontée, chargé une fois encore de piloter le cadet de la bande. Ce dernier engueule de suite son père qui ne lui tient pas assez bien la corde à son goût pour faire coulisser le crolle : la remontée va être épique ! Yannick suit en regrettant ses libations de la semaine passée. Plus haut on entend à nouveau le rejeton couiner comme quoi il n'arrive pas à sortir. Il faut toute la patience, le calme et la pédagogie de notre ami Alexéi pour que le môme franchisse l'étroiture verticale de sortie. En attendant en bas je visite le palier, le balcon et papote avec le Président qui en profite pour refaire aussi un tour du propriétaire. Un peu plus tard j'ouïs Yannick s'exclamer qu'il n'arrive pas à passer. Je me doutais bien que ces 3 mètres de chatière allaient nous emmouscailler... Mais mine de rien père et fils se sont joués du fractio sans s'en rendre compte, signe que le métier rentre. Par précaution, j'ai demandé à faire remonter mon kit avant le passage scabreux et j'ai bien fait : le P25 c'est de la rigolade à coté de ces 3 saloperies de mètres. Déjà que mon kit s'était entortillé dans mon bloqueur de pied dans le vaste P25 je n'imagine même pas ce que ça aurait donné dans le rétrécissement fatidique. Quand je sors la tête hors du trou je m'aperçois qu'Alexei poireaute depuis 1h30 ! Coup de bol pour lui, la météo est juste comme il faut malgré les nuages. Dada débouche peu après, sans aucun effort, en expert des étroitures qu'il est.


Voilà encore un aven spectaculaire mais qui se mérite. Remercions Yannick et son appareil magique pour ces photos incroyables. On referme et protège bien comme il faut l'entrée du trou et on est repartis pour une longue marche de 5 minutes. Avant ça, Alexei nous montre une cavité découverte il y a peu, à portée de sarbacane. Avec ses plus de 500 trous déjà répertoriés le secteur en propose encore ! Après déséquipement Yannick en arrive à la conclusion que son bleu est foutu et qu'il doit prendre au moins une taille de plus pour le prochain safari. Sacha, un poil désappointé, décide sur le moment de réduire sa participation aux sorties compliquées mais malgré tout de laisser encore une chance à son baudrier avant d'en changer. La fois prochaine il faudra que les encadrants lui règlent correctement le machin. A la maison le nettoyage du matos promet d'être sympa : même poids qu'à l'arrivée, la boue ayant remplacé la bouffe et la boisson. Puis nous nous payons un dernier coup de Rallye Dakar pour rejoindre le goudron… Arrivé chez moi, la première chose que j'ai faite c'est de compter mes enjoliveurs…


Francis

(avec les photos de Yannick)